Vous êtes la majorité, nombre et intelligence ; donc vous êtes la force, qui est la justice. »
— Charles Baudelaire, Salon de 1846, in « Curiosités esthétiques », Michel Lévy Frères, 1868.
Nous fréquentons les frontières, non pas comme signes et facteurs de l’impossible, mais comme lieux du passage et de la transformation [...] C’est pourquoi nous avons besoin des frontières, non plus pour nous arrêter mais pour exercer ce libre passage du même à l’autre, pour souligner la merveille de l’ici-là. »
— Édouard Glissant, écrivain, poète et philosophe [1]
Les Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) de la Ville de Paris accueillent, hébergent et accompagnent vers l’insertion les personnes en grande précarité sur le territoire parisien. Des professionnelles qualifiées mettent en œuvre ces missions de service public auprès des résidentes, en favorisant leur accès à l’autonomie, dans le respect de leur dignité, de leur intégrité, de leur vie privée et de leur sécurité.
Ces personnes sont orientées par les Services Intégrés d’Accueil et d’Orientation (SIAO) qui centralisent les demandes et les offres d’hébergement. Les CHRS sont une des expressions de la loi 74-955 du 19 novembre 1974, étendant l’aide sociale à de nouvelles catégories de bénéficiaires et modifiant diverses dispositions du Code de la famille et de l’aide sociale du Code du travail.
Le CHRS Pauline Roland porte le nom d’une institutrice née à Falaise en 1805 qui fonda, en 1849, « l’Association fraternelle des instituteurs socialistes », un projet ambitieux d’éducation mixte, de la crèche à l’âge de 18 ans. Lors du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, Pauline Roland soutient la République et les opposants à Bonaparte. Arrêtée le 2 février 1852, elle est condamnée à la « transportation » en Algérie, événement auquel Victor Hugo consacre un poème dans Les Châtiments [2]. La vie pénible du bagne l’affaiblit rapidement. Graciée, elle meurt épuisée sur la route du retour, le 15 décembre 1852, à Lyon.
Ce CHRS héberge des familles en attente d’instruction de titre de séjour. Il est situé dans le quartier de Belleville à Paris, dans le 19e arrondissement, où depuis plus de trente ans la vie est bouillonnante, interculturelle et artistique. Depuis 2023, des cours sont proposés aux résidentes, à raison de trois heures par semaine, structurés par niveaux (en référence au CECRL, cadre européen commun de référence linguistique).
Depuis janvier 2026, la France a revalorisé les règles pour l’acquisition de la nationalité française : exigence d’un niveau minimum B2 en français oral et écrit. Pour la carte de résident de longue durée (10 ans) : exigence d’un niveau B1. Pour la carte de séjour pluriannuelle (2–4 ans) : exigence d’un niveau A2.
Enseigner le français dans le cadre des parcours migratoires, ce n’est pas seulement transmettre une langue : c’est aussi accueillir des vies de femmes et d’hommes qui portent des langues, des métiers, des mémoires, des paysages quittés, des violences… C’est impulser une dynamique d’accompagnement où la langue devient un outil d’autonomie, de participation sociale et de construction de lien.
Peut-on se définir comme passeur de langue et de culture ? Oui, en ouvrant un espace où les savoirs de chacune peuvent coexister, où les mots permettent de reprendre place dans le monde.
L’insécurité psychique et physique liée à la précarité de l’hébergement et de la situation administrative a de graves répercussions sur l’apprentissage. La culture participe à la construction de notre psychisme et de notre identité, elle nous donne une grille de lecture de ce qui est vécu, un ensemble de représentations, de règles, d’idées, d’éléments sensoriels et de valeurs. Les liens d’appartenance culturelle et de filiation se tissent simultanément. Pour le psychisme de l’individu, la culture joue un rôle d’enveloppe : quand une personne évolue dans le même univers culturel que celles et ceux qui l’entourent, ces processus se développent naturellement, sans effort conscient.
Avec la migration, cette protection construite par la culture et l’environnement se défait peu à peu. Lorsqu’une personne migre, elle perd une partie de ses repères. Cette perte peut être source de stress, même chez quelqu’une qui va bien, et va parfois conduire à l’anxiété. Il est donc important de reconnaître qu’il y a un avant, un pendant et un après la migration.
Avec l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, nous avons travaillé avec des femmes et des hommes qui ont pris la mer, et ont pour certaines connu l’épreuve de la poussée verticale remontant des eaux profondes... Dans certaines configurations psychiques, les fondamentaux langagiers se délitent. Il y a des colères, des gesticulations, des pleurs et des douleurs, du fait de l’érosion ou de la rupture avec les codes lexicaux.
La volonté de partage se heurte au renoncement à dire, à l’impérieuse question du sens qui colore la réalité ; c’est souvent l’aporie, la contradiction ou le malentendu. C’est tout ce qu’on ne peut ni bien traduire, ni ne pas traduire, autrement dit une traduction qui cherche à rapprocher les langues tout en conservant ce qui les sépare. Le langage fait alors apparaître des ambiguïtés, de l’altérité, de l’étrangeté...
Ce qui ne peut être ni vraiment traduit, ni complètement laissé de côté.
L’un des principaux freins à l’apprentissage demeure la santé physique et mentale des personnes migrantes. Des études [3] ont mis en valeur la souffrance psychique de ce public, les spécificités de sa prise en charge et l’insuffisance des moyens alloués aux soins. Beaucoup d’entre elles et eux évitent d’utiliser des services d’aide fondés formellement sur la médecine, la psychiatrie, la psychologie, la psychopathologie ; autrement dit, les approches de la maladie fondées sur la connaissance de patientes dont le parcours est totalement différent.
même pas soupçonner les émois de mon cœur », 1916. »
Les besoins incommensurables des personnes en migration (de reconnaissance, de sécurité et de réparation) mettent au défi les attitudes et les conceptions habituelles du travail en santé mentale. Or, les modèles es plus courants d’intervention en santé mentale ln’ont pas été conçus pour ce type de besoins. La manière dont la société accueille les migrantes joue un rôle crucial. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est causé par un choc émotionnel créant des dommages psychologiques et somatiques diversifiés, le plus souvent importants et profonds. Il s’agit d’un trouble qui se contracte en un temps relativement court, alors que ses effets dévastateurs s’installent, parfois de manière différée, pour longtemps, voire pour toujours.
La rupture de sens et le temps figé des patientes traumatisées par leurs parcours rappellent que, d’une langue à l’autre, les émotions ne sont pas rattachées aux mots de la même manière. En effet même si une personne s’exprime de manière aisée et riche dans plusieurs langues, la capacité d’évoquer des souvenirs et la charge émotionnelle des mots prononcés peuvent, selon la langue utilisée, différer et exercer une influence sur le processus thérapeutique. La langue maternelle est la langue qui porte les émotions vécues aux stades de l’enfance, avant même d’avoir pu acquérir la compréhension du langage et la capacité à l’utiliser.
L’intervention des interprètes est essentielle, non seulement pour se comprendre, mais aussi pour mobiliser les souvenirs et les émotions. Les troubles psychiatriques peuvent être reliés à des vécus d’enfance, d’autres à l’adolescence, ou tout simplement à la relation de couple ou au contexte professionnel. Dans ces cas, la langue choisie pour s’exprimer lors d’un entretien médical pourrait limiter l’accès à ces différents vécus émotionnels et perturber le processus thérapeutique. La reconstruction de lieux et de liens ayant du sens commence avec les événements hors du commun dont les personnes migrantes ont été victimes. Que devient alors la continuité psychique, si déterminante pour le processus de guérison, en ce qu’elle permet et se fonde sur une continuité de l’identité narrative, une continuité du sens et de nouvelles créations après les pertes ?
Toute démarche de soin non accompagnée d’une démarche de réparation est vouée à l’échec ou au détournement. La sensibilisation et la formation aux compétences culturelles et migratoires des professionnelles de la santé et des services sociaux permet d’écouter les patientes d’une façon ouverte, et favorise le développement de l’empathie nécessaire pour construire une relation thérapeutique, d’autant plus lorsque ses appartenances culturelles ou religieuses gardent du sens pour elles et eux.
Le corps ne ment jamais, il ne fait que signaler ce que notre esprit refuse parfois d’entendre, il est une invitation à se poser des questions, regarder les tensions sans jugement, les besoins insatisfaits derrière l’émotion.
Nous avons donc tenté de mener le plus souvent conjointement l’apprentissage de la langue et les activités qui mettent à jour les expériences traversées, afin que le corps, les émotions et le récit s’unissent : pour donc progresser et réguler à la vitesse de la sécurité du système nerveux.
C’est un ensemble de compétences, de connaissances et de pratiques qui permettent aux professionnelles de fournir des soins de qualité aux patientes d’origines socioculturelles et linguistiques multiples, et d’éviter la création de stéréotypes. Dans ce contexte, le travail conjoint des professionnelles, des traducteurs/trices ou des médiateurs/trices culturelles est une action vivement conseillée, qui comporte des avantages dans les deux sens et a une influence directe sur la qualité des soins dispensés : ce travail permet aux professions de mieux comprendre le contexte culturel des patientes et, pour les traducteurs/trices ou médiateurs/trices, une meilleure compréhension de la situation de la maladie.
La multiplication des prises en charge parallèles des acteurs et actrices intervenantes sur des champs professionnels est parfois complémentaire. Ou pas. Une sorte d’épuisement, de fatigue de compassion dans l’exercice de leurs différentes fonctions apparaît et s’ajoute aux difficultés à travailler dans des situations d’enlisement, liées notamment aux procédures juridiques. La politique de soins destinée aux personnes migrantes se situe à l’intersection de la violence des institutions politiques et de la difficulté à reconstruire du lien et du sens, dans un contexte où certains dispositifs contribuent à renforcer les clivages.
Ce que les autorités appellent la « crise » de l’asile révèle l’antinomie entre l’obligation d’assistance soulignée par les textes internationaux (Convention de Genève et Protocole de New York) et l’obligation juridique de chaque État d’établir des normes d’accueil et de soin pour appliquer ce qui demeure, tant dans les textes nationaux que dans les conventions internationales, un droit absolu.
Quoiqu’il en soit, il paraît urgent, dans chaque État membre de l’Union européenne, de définir conjointement les politiques d’accueil et les politiques de soin, pour prendre en compte la vulnérabilité de l’ensemble des personnes migrantes, les besoins des personnelles soignanttes et des travailleurs et travailleuses du secteur social.
Depuis lors, à une heure incertaine, Cette souffrance lui revient, Et si, pour l’écouter, il ne trouve personne, Dans la poitrine, le cœur lui brûle. »— Primo Levi, « Le Survivant » (Il superstite), in À une heure incertaine (Ad ora incerta), Gallimard, coll. « Arcades », n° 53, 1997.
Créer des liens, reconstruire des récits :
trois initiatives artistiques et culturelles
en contexte migratoire
1 — L’artivisme
Cette action a été menée par le Service des cours de la Ville de Paris (SCAP) au CHRS Pauline Roland en 2025 [4].
L’artivisme — contraction des mots art et activisme — est une pratique artistique engagée qui vise à interpeller le public, à l’inciter à aller au-delà de ses repères habituels, à l’ouvrir à de nouveaux horizons et à susciter une prise de conscience pouvant mener à l’action.
et réalisé par Hélène Perroud Galazka et Muriel Grenet à l’issu du projet artistique.
Dans ce cadre, des œuvres sont conçues pour être présentées dans l’espace public, à l’image de l’art urbain ou des installations artistiques. Ces créations transforment les lieux de passage en espaces de dialogue, de réflexion et d’expression citoyenne. En mobilisant des formes artistiques telles que la photographie et l’écriture, cette démarche interroge les normes sociales et les injustices, tout en rendant visibles des réalités souvent ignorées ou invisibilisées. Elle favorise l’émergence d’un dialogue et la construction de liens entre les participantes et le public.
L’art et la narration visuelle agissent également comme des vecteurs d’émotion et d’empathie. En donnant à voir des expériences humaines singulières, ils permettent au spectateur ou à la spectactrice de s’identifier, de ressentir et de se sentir concernée par les situations évoquées. Cette action poursuit plusieurs objectifs :
- permettre la réappropriation de la parole et de l’identité par des personnes en situation d’isolement ; transformer des vécus intimes — émotions, solitude, sentiment d’invisibilité — en expressions visibles et partagées ;
- offrir une place publique à des voix souvent marginalisées.
Dans cette perspective, l’acte artistique devient un geste de résistance douce face à l’isolement, au silence et à l’effacement social. Il ouvre un espace où l’expérience individuelle peut se transformer en parole collective.
et réalisé par Hélène Perroud Galazka et Muriel Grenet à l’issu du projet artistique.
Méthodologie
- Sensibilisation et introduction au projet ;
- Présentation de la notion d’artivisme et d’exemples d’œuvres réalisées dans l’espace public. Ce temps permet d’ouvrir une réflexion collective sur les questions d’invisibilité sociale, d’identité et de prise de parole ;
- Temps d’échange et d’expression personnelle, où les participantes sont invitées à partager leurs expériences, leurs émotions et leur rapport à l’espace public, à la langue ou au sentiment d’invisibilité. Ces échanges constituent une première étape de mise en confiance et de réflexion collective. L’exploration artistique permet aux participantes d’expérimenter différents modes d’expression artistique, notamment la photographie et l’écriture. À travers ces médiums, ils et elles cherchent à traduire visuellement et textuellement leurs ressentis, leurs questionnements ou leurs histoires ;
- Création de portraits et de textes : chaque participante réalise un portrait accompagné d’un texte, d’un mot ou d’une phrase. L’image et l’écriture dialoguent pour exprimer une émotion, un vécu ou une réflexion personnelle ;
- Mise en forme et préparation de l’exposition : les productions sont sélectionnées, mises en forme et préparées pour être présentées dans l’espace public. Cette étape inclut la réflexion sur la scénographie, l’emplacement et la manière de rendre les œuvres accessibles aux passantes ;
- Installation dans l’espace public : les œuvres sont installées dans des lieux de passage afin de susciter l’attention, l’émotion et la réflexion du public ;
- Retours d’expérience et discussion collective permettent aux participantes d’exprimer leur ressenti sur le processus de création et sur la réception des œuvres par le public. Ce moment favorise la prise de conscience du pouvoir de l’expression artistique comme outil de dialogue et de transformation sociale.
et réalisé par Hélène Perroud Galazka et Muriel Grenet à l’issu du projet artistique.
2 — Ma vie entre les langues
Cette action a été menée avec le romancier Mohamed Mbougar Sarr au musée national de l’histoire de l’immigration à Paris en 2019.
Né en 1990 à Dakar (Sénégal), il étudie en France (à l’École des hautes études en sciences sociales, EHESS) avant de se consacrer entièrement à l’écriture. C’est un écrivain rigoureux pour qui « la littérature est un point de vue sur le monde » et qui ne voit « pas de différence entre la vie et la littérature » considérant que « c’est la même énergie [5] ». Ses thèmes de prédilection : les migrations, l’homophobie, la mémoire coloniale et la littérature. Il est l’auteur de Silence du chœur (2017), où il évoque les migrants subsahariens en Sicile, et De purs hommes (2018), qui aborde la question de l’homophobie au Sénégal. Il a livré dans l’article « Quelques réflexions d’un ancien résident » une synthèse de cette expérience.
Entre la langue maternelle et la langue du pays d’adoption, il y a un espace fragile : un interstice où le sens hésite, où certains mots se traduisent difficilement, et où d’autres demeurent intraduisibles. Ce projet explore cet espace de tension — une aporie émotionnelle située entre intérieur et extérieur, présence et absence, geste et silence. À travers une série de portraits, les participantes cherchent à faire dialoguer le corps, l’image et le texte. Le corps révèle l’émotion dans ses manifestations les plus discrètes. L’image saisit ce qui est visible, le texte tente d’approcher ce qui se ressent mais échappe au langage. Chaque image, collage ou dessin devient un lieu de passage entre l’intime et le monde.
L’image contient une part de paradoxe : quelque chose qui se donne à voir sans jamais se laisser saisir entièrement. Les portraits apparaissent comme des présences en suspension, où la fragilité, la lenteur et l’hésitation affleurent. Ce qui est visible appartient au réel ; ce qui se devine reste ouvert, mystérieux. La méthodologie s’est construite en plusieurs étapes.
Dans un premier temps, un moment d’échange et de réflexion a permis aux participantes d’explorer la question du rapport à la langue maternelle et à la langue du pays d’adoption, en évoquant les émotions, les souvenirs et les sensations qui y sont liés.
Dans un second temps, une phase d’observation et d’expérimentation plastique a été proposée. À travers le dessin, le collage et le travail sur l’image ; les participantes ont été invitées à traduire visuellement des émotions parfois difficiles à nommer.
Une troisième étape a permis d’associer l’image et l’écriture. Les participantes ont produit de courts textes — mots, fragments ou phrases — venant dialoguer avec les portraits réalisés.
Enfin, un temps de mise en commun et de réflexion a permis de partager les productions, d’échanger sur les ressentis et d’observer comment chaque œuvre devenait un espace de passage entre l’intime et le monde.
Ainsi s’est construite une série de productions où l’émotion circule sans se dévoiler complètement, laissant au regardeur la liberté de ressentir et d’habiter cet espace de l’inexprimable.
3 — DiverCity
Cette action a été menée en partenariat avec l’association Élan Interculturel au Centre Georges Pompidou à Paris en 2015.
Un atelier de cartographie du sensible consiste à traduire en images, cartes ou schémas des vécus personnels, des émotions ou des perceptions du monde. Le terme « sensible » renvoie aux expériences intérieures : émotions, sensations, ressentis, mais aussi repères dans l’espace ou dans le temps. L’objectif est de donner une forme visible à ce qui est souvent invisible, comme des expériences migratoires, des parcours de vie ou des ressentis face à une langue ou un lieu.
de Gonçalo Mabunda (Mozambique, 1975-) au Centre Georges Pompidou à Paris.
Divercity s’inscrit dans une dynamique de coopération européenne, notamment à travers des programmes tels que le Lifelong Learning Programme ou des partenariats Erasmus+. Ces collaborations permettent de partager des pratiques, de tester de nouvelles méthodologies et de développer des outils favorisant l’apprentissage et l’inclusion interculturelle.
L’action s’appuie sur une approche pédagogique participative et non formelle, mobilisant différents supports créatifs et pratiques artistiques. La démarche vise à concevoir et expérimenter des outils pédagogiques adaptés à des publics divers, notamment aux personnes en situation de mobilité culturelle ou migratoire. Une dimension psychologique et socio-anthropologique est intégrée, afin de mieux comprendre les dynamiques interculturelles, les processus d’adaptation et les expériences vécues par les participantes.
D’autre part, ce projet encourage l’expression personnelle, même lorsque les compétences linguistiques sont encore limitées. Il favorise la prise de parole et la confiance au sein du groupe : explorer la mémoire, le vécu et les émotions liés aux parcours migratoires permet de développer des formes de narration visuelle pour raconter et partager son expérience, de stimuler la créativité et de renforcer la coopération entre les participantes.
Méthodologie
Les participantes sont invitées à choisir un mot lié à un souvenir ou à une expérience personnelle. À partir de ce mot, ils et elles réalisent une carte visuelle représentant leurs sensations, repères, émotions ou souvenirs. Pour cela, différents supports peuvent être utilisés : dessins, symboles, couleurs, collages, cartes ou photographies.
Une phase de partage collectif permet ensuite à chaque participante de présenter sa carte au groupe. Cette mise en commun favorise l’échange et l’écoute, tout en permettant d’identifier des points communs, des différences et des émotions partagées.
Les représentations produites peuvent également être mises en relation avec des dimensions culturelles, linguistiques ou sociales, ouvrant un espace de réflexion interculturelle.
Les retours d’expérience montrent que :
- les participantes s’impliquent fortement, car l’activité leur permet de raconter leur propre histoire à travers l’image ;
- les supports visuels facilitent la communication et permettent de dépasser certaines barrières linguistiques ;
- les ateliers renforcent la confiance en soi et le sentiment d’appartenance au groupe.
Ce dispositif constitue ainsi un outil particulièrement pertinent pour accompagner l’expression des trajectoires migratoires, favoriser l’inclusion sociale et mieux comprendre les besoins émotionnels et culturels des participantes.