La librairie Eqra’ (مكتبة إقرأ) a été fondée par les frères Muhammad et Ahmed Al-Muqayad (مهند وأحمد المقيد) en 2005 dans le camp de Jabalia, au nord de la bande de Gaza. Il y avait aussi trois succursales sur le campus de l’Université al-Israa à al-Zahara et à Gaza ville. La librairie était ouverte 18 heures par jour. Les quatre sites de la librairie ont été détruits par l’armée israélienne les 21 mars et 25 mai 2024.
La librairie s’appelait à l’origine « Ibn al-Qayyim » (ابن القيّم) du nom d’un célèbre imam et poète syrien du XIVe siècle. Elle s’est ensuite appelée « Eqra’ » (ce qui veux dire « Lis ! » en français. Le nom même de la librairie invite à la lecture ! La librairie disposait d’un fond important de livres complémentaire de l’offre de livres proposée par la bibliothèque universitaire d’al-Israa entre autres.
Elle offrait aussi du matériel scolaire, des livres d’exercice, de la papeterie et proposait aussi des services d’impression de qualité. Sa clientèle très fidèle se composait d’élèves du primaire et du secondaire, d’étudiants mais aussi d’enseignants. Elle employait en tout 20 personnes dans un cadre agréable et dynamique, tourné vers la communauté scolaire et universitaire.
La librairie Eqra’ a été fondée en 2005 par les frères Muhammad et Ahmed Al-Muqayad, dans le camp de Jabalia [1] (Muhammad et Ahmed Al-Muqayad, 2026). La librairie s’appelait à l’origine Ibn al-Qayyim du nom d’un célèbre imam et poète syrien du XIVe siècle. Elle a pris ensuite le nom d’Eqra’. En français "Eqra" signifie :« Lis ! », qui invite à la lecture par l’impératif de souhait [2].
Elle vendait des livres et fournitures scolaires, des articles de papeterie, mais aussi des cadeaux et des parfums. Elle disposait également d’un service d’impression. Selon le témoignage des deux frères propriétaires de la librairie, Muhammad et Ahmed Al-Muqayad [3], elle était ouverte 18 heures par jour.
La librairie a aussi occupé par la suite trois sites différents. Le siège historique se trouvait dans le camp de Jabalia, à l’ouest de la station service Tamraz (site 1). Une première succursale a été ouverte à côté de l’école de filles de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), au camp de Jabalia [4] (site 2). En août 2023, deux autres succursales ont été ouvertes : la première sur le campus principal de l’université al-Israa Al-Zahra ville (site 4), et la seconde dans le campus nord de la même université, dans la rue Yafa à Gaza ville [5] (site 3). Ces deux autres succursales ont été ouvertes environ un mois et demi avant le début de la guerre.
Bâtiment
La librairie principale était d’une superficie de 120 m2. Elle était aménagée en plusieurs espaces : librairie, papeterie, cadeaux, imprimerie [6].
Librairie principale Eqra (site 1)
Source : Facebook, Librairie Eqra’, 2025a.
Intérieur de la librairie principale Eqra’ (site 1) caption=
Source : Facebook, Librairie Eqra’, 2022a
Collections / fonds documentaires
La librairie proposait à la vente des livres scolaires, des livres d’exercices et des annales.
Exemple de livre vendu par la librairie Eqra’
« La collection “Al-Summit Al-Tarbawiya” comporte des livres aux explications claires et simples sur les disciplines enseignées au lycée général. Nous en avions l’exclusivité. »
Source : Facebook, août 2023.
Fournitures scolaires
La librairie Eqra’ vendait aussi des fournitures scolaires et des articles de papeterie : agendas, stylos, tailles-crayons, carnets et autres, ainsi que des cartes, des jeux et des cadeaux.
Exemple d’articles vendus par la librairie
Photographie datée du 27 novembre 2022 (Librairie Eqra’, 2022c)
Source : Facebook, août 2023.
Équipements et services
La librairie était équipée de photocopieurs. Elle proposait un service de copie et d’impression sur papier, verre et tissu [7]. Il était possible, par exemple, de personnaliser des t-shirt ou des mugs [8].
Public(s)
Les clients de la librairie étaient principalement des élèves de primaire, des collégiens et des lycéens accompagnés de leur famille. Des enseignants et des étudiants fréquentaient aussi les magasins. Ils y trouvaient des ouvrages qui n’étaient pas disponibles dans les bibliothèques universitaires [9].
Pour les deux fondateurs, Muhammad et Ahmed Al-Muqayad, la librairie Eqra’ était bien plus qu’un simple commerce :
Le jour de la fête des enseignants, nous préparions des milliers de cadeaux symboliques pour dire « merci » à nos enseignants, et la librairie bourdonnait d’agitation. Nous offrions des bons de réduction aux élèves orphelins ou en difficulté. Nous étions fiers aussi de mettre à l’honneur des élèves en réussite scolaire en leur remettant des médailles étincelantes, dans une ambiance tamisée. La librairie Eqra’ était un foyer, un sanctuaire : une librairie amie de toutes et tous [10] ».
Public(s)
La librairie comptait 20 employés, qui travaillaient par roulement. L’un des deux propriétaires, Muhammad Al-Muqayad est aussi journaliste [11].
Description de l’état actuel incluant le site, les collections/fonds et les équipements
Date(s) de destruction ou dommages
Les propriétaires indiquent que la librairie principale (siège historique) a été bombardée une première fois le 21 mars 2024, ce qui a entraîné la destruction partielle du bâtiment [12]. Deux images de la destruction ont été postées sur le compte Facebook de la librairie à cette date (voir ci-dessous). Le 25 mai 2024, la librairie a été incendiée et totalement détruite [13].
Une vidéo prise par Muhammad Al-Muqayad montre la librairie en proie aux flammes [14]. Les trois succursales ont aussi été détruites [15].
Façade de la librairie principale Eqra’ (site 1) après sa destruction.
Source : Facebook, 21 mars 2024, (Librairie Eqra’, 2024a).
L’intérieur de la librairie principale Eqra’ (site 1) après la première destruction.
Source : Facebook, 21 mars 2024, (Librairie Eqra’, 2024b)
Façade de la librairie principale Eqra’ (site 1) après sa destruction.
Source : Facebook, 21 mars 2024.
Circonstances et description de la destruction
La librairie principale a été détruite par un obus incendiaire, tiré par des militaires depuis leur char [16]. Les propriétaires de la librairie sont convaincus qu’il s’agit d’un acte délibéré : alors que les militaires se retiraient, ils ont fait pivoter la tourelle de leur char pour viser la librairie [17]. Ahmed Al-Muqayad se trouvait à l’Est du camp de Jabalia quand il a appris la destruction de la librairie par téléphone. Muhammad Al-Muqayad se trouvait dans le quartier de la librairie lorsqu’elle a été bombardée. Certains employés se trouvaient chez eux, d’autres déplacés à l’Ouest [18]
Le tir qui a détruit la librairie n’a pas été un tir aléatoire au cours d’une nuit chaotique mais un acte délibéré, un rituel de vengeance. Dans les derniers instants où ils se trouvaient dans la zone, avant de se retirer, un véhicule militaire s’est arrêté, a tourné sa tourelle, et a tiré un obus incendiaire. Un seul obus, précis, a ciblé intentionnellement la librairie. Nous nous sommes précipités sur les lieux après leur départ. Mais nous n’avons rien retrouvé. Rien de reconnaissable. Tout n’était qu’un tas de cendres et de monstruosité. Une odeur de papier brûlé, de plastique fondu et de rêves calcinés emplissait l’air ».
— Témoignage des frères Al-Muqayad restitué par Safaa Nabahin (2026)
Situation du personnel (sur place, déplacés, tués, blessés) :
—
Préservation, sauvegarde, restauration
À la suite de la destruction du site principal, les propriétaires ont ouvert une petite succursale dans le bloc 4 du camp de Jabalia. Une publication sur le compte Facebook de la librairie, en date du 16 mars 2025, indique : « nous sommes de retour ! » (Librairie Eqra’, 2025b). Une autre publication, datée du 8 mai 2025, précise : « Nous vous accueillons dans nos nouveaux locaux au camp de Jabalia (معسكر جباليا ), au bout de la rue des écoles d’Abu Zaton (امتداد شارع المدارس أبو زتون ) » (Librairie Eqra’, 2025c).
Mais cette succursale a aussi été détruite, en même temps que l’ensemble du camp où elle se trouvait [19]. Muhammad et Ahmed Al-Muqayad se sont fait la promesse de reconstruire leur librairie [20].
Nous ferons renaître la librairie Eqra’, en dépit de la haine et des difficultés que nous subissons. « Eqra » n’est pas seulement le souvenir d’une librairie qui a existé autrefois. C’est le nom d’une promesse adressée à notre génération et aux suivantes : c’est le mot à l’origine de notre histoire et il sera celui de notre renaissance [21].
— Témoignage des frères Al-Muqayad restitué par Safaa Nabahin (2026)
Muhammad Al-Muqayad. (2024, 25 mai )
Vidéo montrant la librairie Eqra’ en proie aux flammes (transmise par les propriétaires)
Témoignage
Safaa Nabahin 2026
« The Story of Four Libraries in Gaza That Refuse to Die : A living testimony from the library’s founders : Muhammad Al-Muqayad and Ahmed Al-Muqayad ». Entretien par messagerie instantanée (WhatsApp) avec Muhammad et Ahmed Al-Muqayad en avril 2026. Du fait des fortes coupures de communication à Gaza, ces entretiens ont nécessité d’alterner messages écrits et messages vocaux.
Pour citer cet article :
Dominique Dupart, Paul Elani, Safaa Nabahin & Collectif Reading in Gaza (19 mai 2026 ; mis à jour le 17 juin 2026). n° 91 — Librairie Eqra’ مكتبة إقرأ. Reading in Gaza. Consulté le [date] sur https://www.visionscarto.net/librairie-eqra
La librairie Eqra (مكتبة إقرأ).
Pastel sec sur gouache sur papier 18x24 cm.
Œuvre : Laurie B., Juillet 2026.
Laurie.B est artiste pastelliste. Elle est investie dans le secteur du livre, ainsi que dans la protection du vivant dans son ensemble (@laurilei.b)
—
« La librairie Eqra se présentait comme un lieu festif et accueillant. Je suis partie du rose chaleureux de la devanture pour composer ma palette, afin de faire ressortir l’ambiance familiale de ce commerce. »