Metamòrfosi : Redonner vie aux biens confisqués à la mafia

#mafia #Italie #criminalité_organisée #cartographie #biens_confisqués

15 juillet 2026

 

Le livre Metamòrfosi (métamorphose) décrit comment les bâtiments confisqués à la mafia sont transformés pour continuer d’exister dans une nouvelle réalité juridique et esthétique. « Personne ne peut confisquer l’espoir », tel est le titre de l’une des contributions de l’ouvrage : l’espoir s’inscrit dans les projets architecturaux décrits dans l’ouvrage, dans la transformation de la matière pour que la beauté reprenne ses droits sur la laideur.

visionscarto.net propose une immersion dans une sélection de mots, images et cartes de ce livre, qui aborde un instrument juridique puissant : une loi qui, depuis 30 ans en Italie, permet de rendre à la communauté les biens qui lui ont été enlevés par la criminalité organisée.

 

Textes, cartes et images :
Ottavio Amaro, Marina Tornatora et Cristina Del Biaggio

 

Coordination éditoriale et traduction/adaptation de l’italien : Cristina Del Biaggio

 

Contextualisation

par Cristina Del Biaggio

L’ouvrage Metamòrfosi analyse ce qu’une loi « donne à voir » dans le territoire, en privilégiant le point de vue architectural. Il s’agit de la loi italienne n°109/1996 sur la réaffectation sociale des biens confisqués à la mafia qui, en cette année 2026, fête ses 30 ans. Elle complète la loi n°646/1982, communément appelée loi Rognoni - La Torre, du nom des deux députés qui l’ont proposée et défendue, Virginio Rognoni et Pio La Torre. Ce dernier a été assassiné par Cosa Nostra le 30 avril 1982. Cette loi prévoit la confiscation des biens appartenant à des personnes condamnées pour crime de mafia (art. 416 du Code pénal, « association de type mafieux »). Elle est un instrument fondamental pour combattre le pouvoir de la criminalité organisée (voir Tatiana Giannone, « Guida ai beni confiscati alle mafie », La Via Libera, 23 novembre 2023).

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Pétition ’Un million de signatures pour confisquer les biens aux mafieux et aux corrompus, et les utiliser pour créer travail, services, habitabilité
Photo : Libera.

En 1996, suite à une pétition lancée par l’association Libera, fondée en 1994 par Don Luigi Ciotti pour lutter contre les mafias, la loi n°109, qui complète la loi Rognoni-La Torre, est votée au Parlement italien. Son objectif : restituer à la communauté les richesses accumulées de manière illicite par les membres de la criminalité organisée.

Depuis, un nombre important de biens ont été saisis et restitués aux citoyens et citoyennes, et ce malgré les difficultés bureaucratiques que comporte ce processus. En 2022, l’Agence nationale italienne pour l’administration et la destination des biens confisqués à la criminalité organisée (ANBSC) avait répertorié 19’000 biens immobiliers et 1’649 entreprises destinés à une utilisation sociale [1].

En s’inspirant de la législation italienne, l’Union européenne s’est dotée en 2014 de la directive 2014/42/UE, qui, par son article 10.3, invite les États membres à envisager de « prendre des mesures permettant que les biens confisqués soient utilisés à des fins d’intérêt public ou pour des finalités sociales ».

Les normes législatives existent donc désormais aussi en Europe. À cette échelle, c’est le réseau Chance (Civil Hub Against Organized Crime in Europe), initié par l’association Libera, qui le soutient. Le réseau a notamment commencé un travail de recension de biens confisqués et réutilisés en Espagne, aux Pays-Bas, en France et en Albanie.

La présence de biens confisqués à la criminalité dans une communauté, comme le rappelle Don Ciotti, donne à voir ce qui se passe quand un « bien mal acquis » (une richesse « sale », dans le texte) est légitimé grâce à un investissement moral et matériel qui concerne souvent des territoires entiers. En un mot, les biens restitués « parlent » : ils sont le signe concret que le bien commun se renforce chaque fois qu’un bien confisqué est bien réutilisé, comme le souligne le groupe de musique Il Parto delle Nuvole Pesanti, qui a consacré un livre et un film au voyage qu’iels ont fait à la découverte des biens confisqués en Italie en 2015 et dont un des membres, Salvatore De Siena, signe un chapitre dans le livre Metamòrfosi. Dans la conclusion de Terre di Musica, on peut lire :

Le mafie ci hanno sottratto le parole, i sogni e soprattutto la possibilità di guardare un posto, un luogo, il volto di una persona e riconoscerne l’infinita bellezza. La cosa più importante dei beni confiscati è che, se riutilizzati adeguatamente, possono restituire un orizzonte di bellezza.
[...]
I beni confiscati non sono un totem, non sono qualcosa che funziona per il solo fatto di esistere. Sono un cammino che non è già segnato ma si scopre camminando. E’ un cammino che si fa insieme e in cui quotidianamente ci si svelano pezzetti dell’altro, in cui si cade perché non ci sono eroi. C’è solo gente che sceglie da che parte stare e che sta da una sola parte. E chi sta da una sola parte è partigiano.
[...]
I beni confiscati sono belli perché dentro ci sono delle belle storie.

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Couverture du livre-DVD ’Terre di musica’

Les mafias nous ont privés de nos mots, de nos rêves et surtout de la possibilité de regarder un endroit, un lieu, le visage d’une personne et d’en reconnaître la beauté infinie. Ce qu’il y a de plus important avec les biens confisqués, c’est que, s’ils sont réutilisés à bon escient, ils peuvent nous redonner un horizon de beauté.
[...]
Les biens confisqués ne sont pas un totem, ce n’est pas quelque chose qui fonctionne simplement parce qu’il existe. C’est un chemin qui n’est pas tracé d’avance, mais qui se découvre en marchant. C’est un chemin que l’on parcourt ensemble et où, jour après jour, on se dévoile mutuellement des facettes de soi, où l’on trébuche parce qu’il n’y a pas de héros. Il n’y a que des gens qui choisissent leur camp et qui ne se rangent que d’un seul côté [en italien, parte]. Et celui qui ne se range que d’un seul côté est un partisan.
[...]
Les biens confisqués sont beaux parce qu’ils recèlent de belles histoires.

— Il Parto delle Nuvole Pesanti [2]

Ce sont ces histoires qui tranforment la laideur en beuté qu’analysent, décrivent et rendent visibles les auteurs et autrices invitées par les architectes Ottavio Amaro et Marina Tornatora dans le livre Metamòrfosi, dont nous vous présentons ci-dessous quelques extraits.

Synopsis de Metamòrfosi, extraits

Auteurices : Marina Tornatora et Ottavio Amaro

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Couverture du livre Metamòrfosi.

L’ouvrage Metamòrfosi : il progetto dei beni confiscati (Métamorphose : le projet des biens confisqués) poursuit une recherche dans laquelle Marina Tornatora et Ottavio Amaro se sont engagées depuis 2014.

L’exposition Metamorphosis, organisée en 2020 à l’université IUAV de Venise, constituait déjà une première synthèse d’un travail, élaboré tant sur le plan de la recherche théorique et conceptuelle que sur celui de la didactique, mené par le laboratoire Landscape in_Progress du département dArTe (Dipartimento di Architettura e Territorio) de l’Università degli Studi Mediterranea de Reggio de Calabre.

Le mot « métamorphose » est celui qui incarne le mieux l’action qui caractérise ce processus de renouvellement du bâti. Tout en présupposant la permanence, cette transformation projette les artefacts immobiliers confisqués à la mafia - à travers les thèses et les actions du projet architectural - dans une réalité juridique et esthétique nouvelle. Elle revêt ainsi une double valeur de pratique à la fois destructrice et constructive.

Renaissent ainsi non seulement de nouvelles configurations esthétiques et fonctionnelles, mais plus généralement des lieux et des paysages qui, dans leur expression la plus authentique, tissent des relations entre éléments physiques et identités culturelles et citoyennes.

Comme dans les actions de l’artiste Emilio Isgrò, l’effacement construit de nouvelles narrations. Il ouvre un parcours cathartique qui, partant des lieux de l’illégalité et d’une esthétique du laid, conduit à la reconnaissance collective d’un patrimoine enfin légitimé pour s’inscrire de manière positive dans la ville, le paysage urbain et la vie civique. Ce processus se concrétise à travers le langage de l’architecture, dans son alliance entre l’éthique et l’esthétique.

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Portrait de Emilio Isgrò.
Photo : wikimedia commons.

La cancellatura non è una banale negazione ma piuttosto l’affermazione di nuovi significati : è la trasformazione di un segno negativo in gesto positivo.

L’effacement n’est pas une banale négation, mais plutôt l’affirmation de nouvelles significations : c’est la transformation d’un signe négatif en un geste positif.

— Emilio Isgrò [3]

L’ouvrage présente, outre les textes et les projets architecturaux issus des travaux du groupe de recherche du Laboratoire, des contributions multidisciplinaires et des « regards » qui abordent la thématique des biens confisqués sous différents aspects : civils, anthropologiques et figuratifs.

Les photographies « Istantanee del brutto » (Instantanés de la laideur) d’Armando Perna, qui ouvrent l’ouvrage, restituent la dimension à la fois figurative, anthropologique et culturelle des objets confisqués, souvent marqués par un caractère inachevé, tels des paysages intérieurs et extérieurs qui émergent des activités criminelles.

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Habitation - Reggio Calabria.
Photo : Armando Perna.

L’écrivain Gioacchino Criaco montre comment « Vivere nel brutto » (Vivre dans la laideur) est la condition naturelle de ceux qui ont choisi de mener une existence criminelle, qui « aiment et produisent la laideur, en font une tour dans laquelle s’enfermer : excessifs dans leur habillement, leur alimentation, leur langage, et dans des logements démesurés et hors normes. »

Salvatore De Siena, avec « Terra di Musica », raconte son voyage musical à travers la péninsule, en passant par les lieux où la métamorphose des biens confisqués est déjà une réalité concrète et positive, à la rencontre des « jeunes des camps d’été » [4] qui, une fois l’école terminée, viennent de toutes les régions d’Italie pour aller donner un coup de main aux « héros du quotidien », à la « redécouverte de la beauté, de la bonté de la nourriture qui naît du travail, de la sueur et surtout du soin apporté à des terres redevenues bien commun. »

« Que personne ne confisque l’espoir » : tel est le début du texte de Don Ennio Stamile, recteur de l’Università della Ricerca della Memoria e dell’Impegno « Rossella Casini » (Université de la recherche sur la mémoire et l’engagement « Rossella Casini »), qui présente le programme de la confiscation des biens comme un chemin vers la légalité et la justice sociale, ainsi que comme une opportunité pour créer des emplois.

Giuseppe Carrozza, dans « Biens confisqués, biens communs », donne la parole aux acteurices du secteur associatif et coopératif, qui a su ces dernières années, grâce à son patrimoine social et culturel, redonner vie à de nombreux biens confisqués, qu’il s’agisse de terrains agricoles ou de biens immobiliers. Il souligne toutefois que le processus de restitution est souvent sous-estimé sur le plan réglementaire et dans les processus de programmation institutionnelle.

Dans son article consacré à la stratégie de la région de Calabre de valorisation des biens confisqués, Antonella Sette insiste sur la nécessité de dépasser les situations d’urgence et la fragmentation, pour que la question des biens soit mieux intégrée dans les circuits de production, de développement et de programmation institutionnelle.

Les contributions de Ottavio Amaro — voir l’extrait que nous avons traduit ci-dessous — et Marina Tornatora se penchent sur des aspects théoriques qui sous-tendent la recherche autour des biens confisqués, et ce non seulement sous l’angle social et civil, mais aussi sur le plan disciplinaire, urbain et architectural.

De nouvelles cartes pour de nouveaux parcours légaux

Auteur : Ottavio Amaro

Les lieux se construisent à partir d’une multitude d’informations et de superpositions, identifiant les relations, les récits, l’histoire et la mémoire qui en définissent l’identité et le caractère. La cartographie, en tant que représentation et ambition de la connaissance du monde, est le langage et le principal outil de communication.

La carte, que ce soit celle de Peuntiger (1265) — la plus emblématique — ou la carte numérique d’aujourd’hui, elle communique, met en lumière ou, dans de nombreux cas, dissimule des données, des itinéraires et des territoires, à la fois dans leurs dimensions qualitative et quantitative. Leur valeur, et plus précisément leur valeur d’usage, se mesure souvent à leur capacité à communiquer des données scientifiques, mais aussi à offrir un récit qui dépasse les données de la géographie pour pénétrer dans les lieux de l’esprit et nous faire comprendre le sens de ces lieux et leur dimension évocatrice et perceptive.

L’émergence de cartes répertoriant les biens confisqués à la mafia introduit un nouveau thème qui d’une part met en lumière une réalité territoriale aux répercussions sociales, économiques et culturelles négatives, et d’autre part, renverse la perception des lieux et des paysages en les présentant comme des « corps du délit » (Bonaventura et al., 2012 [5]), signes d’une domination criminelle qui leur confère de nouvelles caractéristiques figuratives et perceptives.

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Les biens confisqués à la mafia dans la région de Calabre, par province.
Carte : Laboratorio Lanscape_InProgress.

Parmi les exemples d’expressions de paysages de l’illégalité, et d’un changement physique et perceptif de la géographie de ces lieux, on trouve la colline de Pizzo Sella à Palerme, ainsi que le panneau placé de manière répétitive tout au long de l’« Autostrada del Sole » en Calabre, sur lequel on peut lire : « Tronçon autoroutier du km 369+800 au km 378+500 soumis à une saisie conservatoire en vertu de l’article 321 du Code de procédure pénale, sur ordre du procureur. »

Les cartes du mal dans le Sud de l’Italie

Au cours des dernières décennies, le Sud de l’Italie a connu un bouleversement de son image, du fait de facteurs liés à la criminalité et à la dégradation économique et sociale, ainsi qu’à la détérioration urbaine et territoriale, dont les activités mafieuses sont les principaux acteurs. On a assisté à une véritable dissolution de la conscience identitaire, entraînant la perte de la capacité narrative et figurative et de la possibilité de se représenter via une culture iconographique authentique.

Dans ce contexte, les biens confisqués pour des activités criminelles, recensés par l’Agence nationale pour l’administration et la destination des biens saisis et confisqués à la criminalité organisée (ANBSC), constituent de nouvelles cartes thématiques qui identifient des actions décrivant les nouvelles géographies matérielles et immatérielles des villes et des territoires. Elles vont au-delà de l’idée de la ville comme bien commun, soustraite aux pouvoirs criminels, caractérisée par des interruptions et des icônes illégales.

En ce sens, dans le récit mythique des voyageurs dans le Sud de l’Italie, l’accent est mis sur le récit du drame, du brigandage, des lieux de violence et de danger. Ce sont des cartes où s’entremêlent des faits divers, des épisodes de criminalité organisée et l’histoire de nombreuses municipalités, zones géographiques et constructions issues d’activités illégales.

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Couverture du livre ’Statale 106’.

Il existe désormais sur le sujet une abondante littérature ; le livre Statale 106. Viaggio sulle strade segrete della ’ndrangheta (Route nationale 106. Voyage sur les routes secrètes de la ’ndrangheta) est un exemple emblématique de cette nouvelle cartographie, qui privilégie les parcours criminels à travers des récits qui occultent les valeurs et les caractéristiques des paysages culturels et naturels.

Cartographies possibles du bien dans le Sud de l’Italie

La confiscation des biens issus de la criminalité mafieuse, quant à elle, met en lumière les lieux de l’illégalité, dans son double sens : d’un côté de la dégradation sociale et civile, et de l’autre, d’une esthétique du laid qu’il convient d’étudier dans ses composantes culturelles et anthropologiques. La confiscation stimule d’une part des dynamiques sociales à travers de nouvelles affectations des biens et de nouvelles opportunités pour les organismes publics, les associations et le secteur tertiaire, et soulève d’autre part des questions spécifiques tant sur le plan éthique qu’esthétique. Il est légitime de douter du droit même à l’existence de biens issus d’opérations illicites et qui œuvrent en dehors de la vie en société.

Les malfaiteurs endurcis aiment et produisent la laideur, ils en font une tour dans laquelle s’enfermer : excessifs dans leur façon de s’habiller, dans leur alimentation, dans leur langage, démesurés et hors normes dans leurs logements. »

— Intervention de Gioacchino Criaco, 2020, « Vivere nel brutto » (Vivre dans le laid), à l’occasion de l’exposition-séminaire organisée par le laboratoire Landscape_inProgress, Metamorphosis. Il progetto dei beni confiscati alle mafie, Université IUAV de Venise.

De nombreuses prises de position soulignent la nécessité d’un véritable effacement des traces physiques de ces activités, une représentation symbolique du vide sur les cartes des biens confisqués.

À l’inverse, le non-effacement pose la question de la complexité du projet architectural dans sa capacité à déclencher des processus de métamorphose, et donc de transformation en biens publics d’ouvrages qui peuvent se voir attribuer de nouvelles destinations au service de la collectivité dans une ville considérée comme un bien commun. Cela va au-delà de la question judiciaire et/ou de l’effacement total de la damnatio memoriae [6].

La quantité de bâtiments confisqués, tel qu’elle ressort des cartes et des données de l’ANBSC, montre clairement qu’une simple activité de démolition est inenvisageable sur le plan environnemental. Ces biens offrent en même temps la possibilité de les utiliser et de les intégrer dans un circuit plus structuré et plus vertueux de régénération urbaine et de service à la collectivité. Nous entrons ici dans le domaine de la culture du projet, en tant que capacité à reconfigurer et à redessiner le bâti existant, et donc à donner vie à de nouvelles cartes et à de nouveaux récits.

L’architecture se réapproprie son rôle civique par sa capacité à enseigner, à voir et à développer le sens de l’habiter, qui ne peut que coïncider avec le droit à la beauté. En ce sens, le droit d’existence des bâtiments confisqués devient une valeur d’existence, dès lors que la collectivité se réapproprie et s’identifie à de nouvelles valeurs civiques, et donc esthétiques. Dans ce cas, les artefacts issus de la criminalité pourront être redéfinis comme des biens.

Le principe de la métamorphose — la chrysalide qui devient papillon — projette les biens confisqués dans une nouvelle dimension esthétique et sociale, en opérant des actions d’effacement de la laideur criminelle (comme dans une opération artistique d’Emilio Isgrò) pour imposer de nouveaux signes qui, sans éliminer métaphoriquement la mémoire du passé criminel du bâtiment, constituent des symboles de revanche et de réparation pour la ville.

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Les biens confisqués à la mafia dans la ville de Reggio Calabria
Carte : Laboratorio Lanscape_InProgress.

C’est ainsi que naissent les nouvelles cartes qui, associées aux parcours des terres confisquées et des chantiers de travail organisés par les associations et les bénévoles, constituent des récits positifs s’inscrivant dans une nouvelle vision alliant justice et beauté :

Offrir la beauté est naturellement juste. Cela rend le monde meilleur immédiatement, sans nécessiter de croisades contre le mal, sans favoriser des idéologies meurtrières. C’est un acte de générosité (et donc éthique) précisément parce que n’importe qui peut en bénéficier, et pas seulement l’auteur ou le commanditaire de cette beauté. »

— Luigi Zoja, 2007, Giustizia e bellezza, ed. Bollati Boringhieri, p. 23.