Mieux comprendre le conflit israélo-palestinien

#Palestine #Israël

2 février 2026

 

Depuis le 7 octobre 2023, les médias ont largement couvert la situation en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Mais le développement dramatique de ces événements récents s’inscrit dans une histoire longue du conflit que beaucoup ignorent ou connaissent mal [1]. Le conflit israélo-palestinien étant fondamentalement de nature territoriale, la représentation cartographiée s’avère particulièrement utile pour le comprendre.

par Rosa Goldenberg

Journaliste.

 

Aux origines

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Croissance démographique du Yichouv.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024.

À la fin du XIXe siècle, la montée de l’antisémitisme (affaire Dreyfus en France, pogroms en Russie…) contribue à faire émerger l’idée d’un État national pour les juifs. Le courant sioniste chrétien, influent en Grande-Bretagne, la fait entrer dans la sphère politique

En 1882, la population juive en Palestine mandataire se trouve essentiellement au sein de ce que l’on appelle le Yichouv, un petit noyau d’environ 24 000 personnes, soit 4% des 600 000 habitantes [2]. Entre 1880 et 1945, la croissance démographique du Yichouv a été spectaculaire, comme le montre ce graphique :

Theodor Herzl et l’antisémitisme

 
Au retour d’une visite à son confrère Ludwig Speidel, journaliste comme lui à la Neue Freie Presse, Theodor Herzl résume, dans son Journal [3] sa conversation avec lui :
 

« Je lui dis : je comprends l’antisémitisme. Nous autres Juifs nous sommes maintenus au sein des différentes nations en tant que corps étranger, bien que ce ne fût pas de notre faute. Dans le ghetto, nous avons acquis un certain nombre de caractéristiques antisociales. La pression que nous avons subie a abîmé notre caractère, et cela ne peut être réparé que par une autre pression.

En fait, l’antisémitisme est la conséquence de l’émancipation des Juifs. Cependant, les populations à qui manque l’entendement historique (donc, toutes les populations) ne nous regardent pas comme un produit historique, comme les victimes d’époques antérieures, plus cruelles que celle que nous vivons et encore plus marquées de préjugés.

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Theodor Herzl en Suisse en 1901.
Source : collection du centre Simon Wiesenthal.

[...] Dans ces temps là en effet nous étions des hommes qui savaient défendre leur pays par les armes ; et nous étions sans aucun doute un peuple particulièrement doué, puisque deux millénaires durant on nous a massacrés sans pouvoir nous détruire. L’erreur des libéraux doctrinaires a été de croire que l’on peut rendre les hommes égaux par un décret publié au Bulletin des lois. »

Cet extrait est tiré du livre Palestine-Israël, une histoire visuelle, Dominique Vidal et Philippe Rekacewicz, Le Seuil, 2024, pp. 22-23.

Pendant la Première Guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne se partagent secrètement les territoires de l’Empire ottoman qui, outre son état de déliquescence, a fait le choix du camp allemand (Accords Sykes-Picot, 1916). Londres obtient de la Société des Nations, en 1922, un mandat sur la Palestine (ainsi que sur l’Irak, la France s’octroyant la Syrie et le Liban).

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Le démantèlement de l’Empire ottoman nourrit les appétits des puissances coloniales.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024, p. 15.

En 1917, les Anglais entérinent l’idée d’un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine (Déclaration Balfour, du nom du Secrétaire d’État aux affaires étrangères de décembre 1916 à octobre 1919). Face à la montée des tensions, et redoutant de perdre le soutien des pays arabes dans le conflit qui s’annonce avec l’Allemagne nazie, ils cherchent à limiter l’immigration juive dès 1922, et plus encore après la Grande révolte arabe de 1936 à 1939. Ce faisant, ils entrent en conflit ouvert avec les nationalistes juifs.

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La Déclaration Balfour, 2 novembre 1917.
Sources de la carte : New York Public Library et Bibliothèque nationale de Turquie. Cette carte topographique générale de Palestine a été publiée par Askari Press en 1918. Elle montre avec grande précision les infrastructures et le réseau urbain. C’est sans doute la dernière carte ottomane de Palestine.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024, pp. 30-31.


La création de l’État d’Israël

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le traumatisme de la Shoah renforce l’émigration juive vers la Palestine dont, en 1945, les Juifs atteignent le tiers de la population. Les conflits se multiplient avec la population arabe locale.

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Le plan de partage de 1947.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024, pp. 81.

En 1947, l’ONU propose un Plan de partage qui attribue 55% du territoire à un État juif, alors que les Juifs ne représentent qu’un tiers de la population locale. Le reste formerait un État arabe et Jérusalem, érigée en corpus separatum, serait placée sous administration internationale (Résolution 181, théoriquement toujours en vigueur).

La partie arabe refuse. Le 14 mai 1948, l’État d’Israël est proclamé. Il est reconnu par les États-Unis et l’URSS, mais non par cinq pays arabes de la région (Égypte, Syrie, Liban, Transjordanie et Irak) qui entrent en guerre.

Les guerres israélo-arabes et la problématique des territoires occupés

1948

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Le plan de partage de 1947.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024, p. 83.

Les Arabes sont vaincus. 800 000 Palestiniennes quittent la Palestine, de leur plein gré selon la partie juive, sous la menace et à la suite d’exactions selon la partie arabe, qui évoque notamment le massacre perpétré dans le petit village de Deir Yassin (9 avril 1948). C’est la Nakba — « la Grande Catastrophe » (consulter la carte). Des lignes d’armistice sont fixées en 1949 : Israël s’établit sur 77% de la Palestine mandataire, la Jordanie annexe 22% du territoire, Gaza est placée sous administration égyptienne.

1956

En 1956 le président égyptien Gamal Abdel Nasser, chantre du nationalisme arabe, nationalise le canal de Suez, suscitant une riposte immédiate de la France, de la Grande-Bretagne et d’Israël. L’intervention des deux Grands - États-Unis et URSS – les force à interrompre les opérations ; les Casques bleus, force nouvellement créée par les Nations Unies en 1948, sont déployés dans la péninsule du Sinaï. Les étrangers et la communauté juive quittent en masse le territoire égyptien.

1967

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La guerre de 1967.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024, p. 132.

Du 5 au 10 juin 1967, les Israéliens déclenchent la « Guerre des Six Jours » et remportent une victoire fulgurante. Ils occupent le Sinaï et Gaza, le Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-Est, provoquant le départ d’une nouvelle vague de réfugiées palestiniennes (environ 300 000). (voir la carte « La guerre de 1967 » ci-dessous)

La Résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU (22 novembre 1967), toujours en vigueur, exige le retrait israélien des territoires nouvellement occupés.

1973

En octobre 1973, le Président égyptien Anouar el-Sadate lance, conjointement avec les forces syriennes, une attaque en territoire israélien pendant les fêtes juives de Kippour. Passé l’effet de surprise, les Israéliennes mènent une contre-offensive victorieuse. L’Égypte a toutefois remporté une victoire politique qui lui permettra d’engager des pourparlers avec Israël et de récupérer le Sinaï ; les pays du Golfe exercent des pressions sur les Occidentaux en recourant à l’arme du pétrole (hausse des cours et réduction de la production).

La Résolution 338 du Conseil de Sécurité de l’ONU (22 octobre 1973) réaffirme les principes énoncés dans la Résolution 242.

Réfugiées palestiniennes et déstabilisation régionale

Outre des conflits entre nations, la crise générée par la création d’Israël provoque de graves perturbations dans les États voisins, confrontés à l’afflux massif de populations exogènes. Leur arrivée pèse à la fois sur l’économie locale et sur des équilibres politiques et communautaires déjà fragiles.

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Le camp de Chatila (Beyrouth) au lendemain du massacre du 16 au 18 septembre 1982 mené par des milices libanaises chrétiennes avec le complicité de l’armée israélienne occupant la zone.
Source : Archive de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East) — © UNRWA Archive, 1982.

En septembre 1970, le roi Hussein de Jordanie déclenche une opération militaire contre les combattants palestiniens, accusés d’être un État dans l’État menaçant le trône. La question est d’autant plus sensible que 50% de la population jordanienne est d’origine palestinienne, alors que le pouvoir hachémite est de souche transjordanienne. L’événement est connu sous le nom de « Septembre noir ». L’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) quitte la Jordanie pour le Liban.

Dans la Guerre du Liban (1975-1989), le facteur palestinien a joué un rôle important et favorisé les ingérences israéliennes. Le massacre perpétré dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila en septembre 1982 par les milices chrétiennes, avec la complicité active d’Israël, a beaucoup contribué à la prise de conscience de la question palestinienne par la communauté internationale.

La diaspora palestinienne n’a cessé de s’accroître au fil des conflits et des différentes vagues de réfugiées. Une partie vit dans les camps disséminés dans les pays voisins, d’autres se sont davantage fondues dans les populations locales.

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Réfugiés palestiniens au Proche-Orient : situation au 1er mai 2024.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024, pp. 236-237.

La Résolution 194 des Nations Unies (11 décembre 1948) stipule le droit au retour des réfugiées palestiniennes. Il est impossible d’établir quel pourcentage des Palestiniennes de la diaspora (sur un total évalué à environ 7 millions de personnes) souhaiterait exercer ce droit, mais l’impact sur les rapports démographiques en Israël-Palestine serait de toute façon considérable. Aujourd’hui, la population israélienne est évaluée à 9,5 millions, dont 20% d’Arabes israéliennes ; 5,5 millions de Palestiniennes vivent dans les territoires palestiniens. Les Israéliennes restent donc obstinément opposées à l’exercice de ce droit.

La Guerre du Golfe de 1991 et les Accords d’Oslo

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Esquisse préparatoire pour un projet cartographique sur la guerre du Golfe.
Philippe Rekacewicz, Le Monde diplomatique, février 1991.

En 1990, Saddam Hussein envahit le petit État voisin du Koweït, issu d’un découpage territorial arbitraire qui a soustrait à l’Irak ce qu’il estime être sa 19e province, riche en pétrole. Conduite par les États-Unis, une Coalition internationale se porte au secours de l’Émirat (janvier et février 1991). Les troupes irakiennes sont rapidement défaites. Les pays arabes sont apparus divisés ; les Palestiniens, mal inspirés, ont soutenu Bagdad. L’opinion publique arabe est à peu près unanime à dénoncer les « deux poids deux mesures » et un droit international à deux vitesses : inopérant quand il s’agit d’appliquer les résolutions des Nations Unies visant à rétablir les Palestiniennes dans leurs droits, mais d’application immédiate quand les intérêts des Occidentaux sont menacés.

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La guerre du Golfe, janvier-février 1991.
Philippe Rekacewicz, Le Monde diplomatique, février 1991, carte republiée dans L’atlas critique du XXe siècle, Le monde diplomatique, 2010.

Soucieux de contrer un anti-américanisme croissant (et qui aboutira aux attentats du 11 septembre 2001), les États-Unis vont promouvoir un processus de normalisation israélo-arabe.

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Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, le président américain Bill Clinton et Yasser Arafat lors de la cérémonie de signature des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993.
Photo : Vince Musi, archive du Bureau exécutif du président des États-Unis, La Maison blanche.

En 1993, le Palestinien Yasser Arafat et l’Israélien Yitzhak Rabin signent des accords, les Accords d’Oslo, de reconnaissance mutuelle sous égide américaine. Des négociations bilatérales sont également conduites entre Israël et les autres belligérants arabes.

Le « processus de paix » table sur une logique vertueuse qui devrait permettre, dans une étape ultérieure, d’aborder les points les plus sensibles : les réfugiées, le tracé des frontières, le partage de l’eau, Jérusalem, le développement économique, l’environnement.

La Cisjordanie est morcelée en plusieurs zones. En zone A (18%) les Territoires palestiniens sont autonomes ; en zone B (22%) ils sont placés sous contrôle conjoint israélien et palestinien ; en Zone C (60%) ils restent sous contrôle israélien exclusif.

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La Cisjordanie selon les accords d’Oslo, 1995.
Vidal & Rekacewicz, Palestine-Israël, une histoire visuelle, Le Seuil, 2024, p. 147.

Mais l’absence de mécanisme de contrôle et le veto américain systématique à l’ONU contre toute mesure contraire aux intérêts d’Israël sapent la confiance et permettent la poursuite et même l’accélération de la colonisation, comme le montre ce graphique.

Résistances et/ou terrorisme ?

Les divergences de point de vue sur la qualification des violences remontent aux origines du conflit.

Du côté israélien, les mouvements paramilitaires juifs en lutte contre les Britanniques (la Haganah et les groupes Irgoun et Stern) ont mené des attentats contre les forces d’occupation, faisant leur lot de victimes civiles.

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Destruction de l’hôtel King David par l’Irgoun.
Source : Jerusalem Post, juillet 1946.

En juillet 1946, l’hôtel King David à Jérusalem, qui abrite le QG des Britanniques, était visé par une attaque de l’Irgoun, alors dirigée par Menahem Begin, futur Premier ministre d’Israël. L’opération avait fait 91 mortes et 46 blessées.
La droite religieuse extrémiste, qui connaît un important essor après la guerre de 1973, signe elle-aussi des opérations sanglantes. En février 1994 un colon israélien, Baruch Goldstein, tire sur des Palestiniens en prière au Tombeau des Patriarches à Hébron. Mais l’acte qui aura le plus grand retentissement sera l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995, par Yigal Amir, un jeune sioniste religieux.

On ne compte plus par ailleurs les exactions des colons à l’encontre de Palestiniennes dans les Territoires occupés, le plus souvent en totale impunité, voire avec le soutien de l’armée israélienne.

Du côté des Palestiniennes, le terme de « terroristes » a été associé dès les années 1970 aux fedayins des mouvements marxistes (Front Populaire de Libération de la Palestine - FPLP, et Front Démocratique pour la Libération de la Palestine - FDLP) qui se sont fait connaître notamment par des détournements d’avion. En septembre 1992 le groupe « Septembre noir » capture des athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich ; 11 otages sont tués.

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Illustration : Hélène Aldeguer, autrice de bande dessinée et illustratrice https://helenealdeguer.com.

En 1987, les Palestiniennes inaugurent une nouvelle forme de lutte connue sous le nom de « Guerre des pierres » ou « intifada » (littéralement « soulèvement »). Ce type de mobilisation connaîtra deux phases : la première intifada de 1987 à 1993 ; la seconde intifada débute en 2000 après l’échec d’un nouveau round de négociations à Camp David aux États-Unis. L’incarnation en est l’image de jeunes, voire très jeunes, Palestiniens simplement armés de pierres face à l’armée israélienne. Le qualificatif de « terroriste » n’est pas appliqué au mouvement en dehors d’Israël ; la vision du rapport de forces entre Israël et les Palestiniennes s’inverse dans les opinions.

Au tournant des années 1980, la montée en puissance générale des mouvements islamistes se traduit en Palestine par l’émergence du Hamas et du Jihad islamique. Leurs branches armées revendiquent des attentats aveugles qui font de nombreuses victimes civiles. Le traumatisme du 11 septembre 2001 et les massacres causés un peu partout dans le monde par les organisations jihadistes (Al-Qaïda puis Daesh) et leurs émules gomment la dimension nationaliste du combat des organisations palestiniennes, qui se trouvent réduites à leur dimension religieuse extrémiste.

Les évolutions internes

En 2005, les Israéliennes évacuent Gaza dont le contrôle et la gestion sont devenus contre-productifs. Ils et elles démantèlent la vingtaine de colonies qui s’y trouvent.

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Gaza avant le désengagement israélien en 2005.
Philippe Rekacewicz, Le Monde diplomatique, 2005.

En Israël

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À gauche, : Itamar Ben Gvir, Ministre de la sécurité nationale ; à gauche, Bezalel Smotrich, Ministre des finances et ministre délégué à la Défense.
Sites officiels du gouvernement israélien.

Le « Camp de la paix », longtemps actif, a quasiment disparu. En décembre 2022, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a mis en place un gouvernement d’extrême-droite avec des ministres suprémacistes juifs ouvertement racistes qui évoquent sans complexe l’annexion pure et simple de la Cisjordanie et l’expulsion des Palestiniennes.

 En Palestine 

Depuis 2007, on trouve deux gouvernements : le Hamas à Gaza, et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Le Président, Mahmoud Abbas, né en 1935 et donc âgé de 91 ans en 2026, est totalement discrédité ; les pouvoirs locaux ont pris le dessus.

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Marwan Barghouti, le « Mandela palestinien » dirigeant de l’OLP toujours emprisonné peint sur le Mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie (Territoire palestinien occupé).
Photo : SP Foto : licence CC BY NC-ND 2.0.

Les Israéliennes ont écarté tout interlocuteur crédible et sciemment favorisé la montée en puissance du Hamas [4]. Après avoir dénigré Yasser Arafat, chef de l’OLP décédé en 2004, Israël a emprisonné la même année le leader populaire modéré Marwan Barghouti, et ont préféré libérer en 2011 l’islamiste Yahya Sinouar, qui allait être l’un des principaux artisans de l’attaque du 7 octobre 2023.

Les Palestiniennes de plus en plus isolées

Le soutien à la cause palestinienne, sans disparaître de la rhétorique des dirigeantes et toujours cher aux populations de la région, n’a pas empêché une normalisation progressive des relations entre les États arabes et le voisin israélien.

1978

C’est l’Égypte qui engage le processus en signant les Accords de Camp David. À l’époque, cette rupture historique avec la période nassérienne lui vaut d’être mise au ban de la Ligue arabe et coûtera la vie au Président Sadate, assassiné en octobre 1981. La Jordanie saute à son tour le pas en 1994, à la faveur des Accords d’Oslo. Ce tournant historique dans leur politique régionale permet aux deux pays de s’inscrire dans l’orbite des États-Unis et de bénéficier de leur aide à la fois économique et militaire.

Dans les faits, de nombreux pays de la région établissent peu à peu des échanges avec Israël, notamment dans le domaine sécuritaire. Le petit Liban et la Syrie de Bachar al-Assad font figure d’arrière-garde du fait de leur intransigeance inébranlable.

En septembre 2020, un cap décisif semble être franchi avec la signature des Accords d’Abraham parrainés par le président américain Donald Trump. Les Émirats arabes unis (qui sont aussi à la manœuvre) et le Bahreïn normalisent officiellement leurs relations avec Israël, bientôt rejoints par le Maroc et le Soudan. L’accent est mis sur les enjeux économiques, et la question palestinienne disparaît sous les évocations d’une future prospérité régionale.

Le 7 octobre 2023 et ses suites

Le contexte

Au moment où survient l’attaque, la position des Palestiniennes n’a jamais été aussi critique. La question palestinienne est devenue un « non-sujet ». L’Arabie saoudite s’apprête à rejoindre les Accords d’Abraham. Ce rapprochement annoncé du nouveau « poids lourd régional » avec Israël constituerait un revers de plus, d’une portée considérable, pour les Palestiniennes.

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Depuis plusieurs mois, des Palestiniennes sont tuées tous les jours en Cisjordanie. Le gouvernement israélien parle d’annexion, les colons multiplient les exactions en toute impunité. Les négociations sur la libération de prisonnières et prisonniers palestiniennes sont au point mort, les conditions de détention ont été durcies.

Les faits

Le 7 octobre 2023, des membres du Hamas et du Jihad islamique pénètrent en territoire israélien. Des massacres sont attestés. 1 200 personnes sont tuées, dont 850 civils. 240 personnes sont prises en otage.

Les suites

Israël conduit des représailles indiscriminées à Gaza, tuant majoritairement des civils dont beaucoup d’enfants (bilan de la guerre deux ans plus tard : 70 000 mortes, 200 000 blessées selon les autorités palestiniennes). La population est soumise à des déplacements incessants et volontairement affamée, le territoire est ravagé, les médias interdits, beaucoup de journalistes sont purement et simplement tuées.

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Déplacement forcé de Palestiniennes dans la bande de Gaza dévastée par les bombardements israéliens.
Ohoto : Jaber Jehad Badwan, 29 janvier 2025, licence CC BY-SA 4.0.

Israël bafoue le droit international

Sur le plan du droit, Israël s’est constamment tenu à l’écart du cadre général grâce au soutien indéfectible des États-Unis, créant un statut d’exception qui a pu constituer un dangereux précédent.

  • Les Résolutions 242 (1967) et 338 (1973) des Nations unies qui font toujours référence, exigent l’évacuation des territoires occupés depuis 1967. Non seulement ces territoires n’ont pas été restitués, mais la colonisation ne cesse de s’étendre.
  • La Résolution 181 (1947) fait de Jérusalem un corpus separatum, mais en 1980, Israël a proclamé Jérusalem capitale et a annexé son territoire.
  • L’article 1.2 de la Charte des Nations unies reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais Israël refuse de reconnaître l’existence d’un « peuple palestinien [5].
  • Les conventions de Genève de 1949 font obligation à Israël de protéger la population civile des territoires occupés. Israël, qui a signé ces conventions, loin de protéger les civils, conduit une politique de démolition et d’accaparement des territoires palestiniens.
  • En 2002, les Israéliens ont entrepris la construction d’un Mur de séparation avec la Cisjordanie. D’une longueur de plus de 700 kilomètres, cet édifice ampute ce territoire palestinien de 10% de sa superficie. En 2014, la Cour internationale de justice (CIJ, ONU) a déclaré le Mur de séparation illégal.

Quel État pour les Palestiniennes ?

L’État de Palestine a été proclamé en 1988 par le Conseil National Palestinien. Depuis 2012, il dispose du statut d’État observateur non-membre de l’ONU. En septembre 2025, 11 nouveaux États, dont la France et la Grande-Bretagne, ont reconnu l’État de Palestine, portant à 142 le nombre des pays ayant entreprit cette démarche. Dans l’ensemble, la communauté internationale reste officiellement attachée à la solution des deux États, qu’Israël rejette absolument.

Cette solution reste irréaliste si les conditions posées privent le futur État de sa souveraineté (économique, politique, militaire), et s’il ne bénéficie pas d’un minimum de continuité territoriale et d’un accès aux ressources (en eau notamment). Cela supposerait un démantèlement des colonies, auquel Israël ne se résoudra qu’en cas de fortes pressions diplomatiques et économiques.