Invitée par des collègues de l’Université Tor Vergata pour un séminaire doctoral, je suis hébergée chez une amie. Je ne connais pas Rome. Elle me donne une adresse et des indications pour arriver jusqu’à chez elle en transports communs : « Depuis la gare de Roma Termini, prends le train appelé “petit train jaune” (trenino giallo) qui part de la gare Laziali, c’est à quelques minutes à pied de Termini. Tu descends à l’arrêt Filarete et en deux minutes tu arrives chez moi. » Je reste quatre jours à Rome. Quatre jours pour déambuler dans le quartier Tor Pignattara. Au final, pourquoi sortir de ce quartier qui a tant à montrer ? Ce texte invite à un parcours parmi les formes d’art urbain qui recouvrent les murs du quartier.
À peine sortie de chez ma copine pour découvrir le quartier, oh que fut grande ma surprise. La première place que je traverse est dédiée « aux géographes » !
Piazza dei geografi (Place des géographes)
Photo : CDB, 2026.
Je découvre aussi, au fil des pas, que plusieurs rues sont attribuées à des géographes et cartographes (tous rigoureusement de sexe masculin, j’apprends sur wikipedia !) : Roberto Almagià, Giovannoli Alò, Benedetto Bordoni, Leonardo Bufalini, Mario Cartaro, Guido Cora, Augusto Dulceri, Eratostene, Carlo Errera, Giovanni Maggi, Visconte Maggiolo, Pietro Martire d’Anghiera, Gerardo Mercatore, Giovanni Nolli, Giovanni Battista Riccioli, Pietro Ruga, Antonio Spinetti, Antonio Tempesta, Zenodossio.
Mais les rues de Tor Pignattara ne « parlent » pas uniquement à travers le choix très officiel des noms des rues. Elles disent aussi qui les habitent, qui y vit. Elles racontent la colère et l’amour. Elles racontent les transformations du quartier, et répudient les guerres. Elles accompagnent les luttes. Elles exhortent à ne pas fermer les yeux. Elles sont le reflet des gens qui ne veulent pas se taire face au fascisme, face au patriarcat, et qui s’expriment par des dessins, des tags, des collages ou des poésies. Les mots sont raffinés, ou frustes. Ils interrogent. Ils ne laissent jamais indifférent·e.
Les voix contre la guerre et pour la désertion
Mi Gaza es tu gaza (Ma Gaza est ta Gaza)
Photo : CDB, 2026.
End apartheid. Free Palestine (Stop à l’apartheid. Palestine libre)
Photo : CDB, 2026.
Série de drapeaux palestiniens
Photo : CDB, 2026.
Per la Palestina. Contro il genocidio (Pour la Palestine. Contre le génocide)
Photo : CDB, 2026.
Free Palestine (Palestine libre)
Photo : CDB, 2026.
Palestina libera (Palestine libre)
Photo : CDB, 2026.
Talk about Sudan (Parlez du Soudan)
Photo : CDB, 2026.
Free Sudan. Stop genocide in Darfur (Soudan libre. Stop au génocide au Darfour)
Photo : CDB, 2026.
Stop genocide in Darfur (Stop au génocide au Darfour. Et 1312, en passant...)
Photo : CDB, 2026.
Free Gaza (Gaza libre)
Photo : CDB, 2026.
Basta bombe sul popolo curdo (Arrêtez de bombarder le peuple kurde)
Photo : CDB, 2026.
Free Palestine (Palestine libre)
Photo : CDB, 2026.
Qualsiasi cosa succeda diserta (Quoi qu’il arrive, désertez)
Photo : CDB, 2026.
Qualsiasi cosa succeda diserta (Quoi qu’il arrive, désertez)
Photo : CDB, 2026.
Les voix des livres, et une carte qui les fait voyager
Ho aperto un libro e mi sono letta fino in fondo (J’ai ouvert un livre et je me suis lue jusqu’au bout)
Simone Siss e Katia Lombardo. Collage affiché à côté de l’entrée de la libreria Tuba, librairie féministe. Photo : CDB, 2026.
Lo sguardo di una scrittrice grida al mondo intero (Le regard d’une écrivaine crie au monde entier)
Simone Siss e Katia Lombardo. Collage affiché à côté de l’entrée de la libreria Tuba, librairie féministe. Photo : CDB, 2026.
Carte affichée dans une librairie pas comme les autres : Da Book-cycle tu decidi il prezzo di ogni libro. Le donazioni vengono usate per spedire libri in Italia e all’estero (Chez Book-cycle tu décides le prix de chaque livre. Les dons sont utilisés pour envoyer les livres en Italie et à l’étranger). La légende indique où les livres sont expédiés : prisons pour mineur·es, hôpitaux, centres pour réfugié·es, écoles, bibliothèques. Il va sans dire que je ne suis pas sortie de cette libriairie les mains vides...
Photo : CDB, 2026.
Les voix anti-fascistes
Zona antifa (Zone antifa)
Photo : CDB, 2026.
Fasci demmerda (Fascistes de merde)
Photo : CDB, 2026.
Ieri partigiane, oggi antifasciste (Hier partisanes, aujourd’hui antifascistes)
Photo : CDB, 2026.
Les voix contre les riches
Il lusso è una provocazione (Le luxe est une provocation)
Photo : CDB, 2026.
Trans femministe anticapitaliste (Trans féministes anticapitalistes)
Photo : CDB, 2026.
Les voix poétiques
Ho cercato la vita nella falsa vanità de luci frivole. Ma l’ho capita scoprenno la verità che hanno le briciole (J’ai cherché la vie dans la fausse vanité des lumières frivoles. Mais j’ai compris en découvrant la vérité qu’elles ont des miettes)
Photo : CDB, 2026.
Immortala ’sti occhi tristi ma grondanti de verità. Anima libera resisti ! Pure all’inferno puoi ballà ! (Immortalise ces yeux débordants de vérité. Âme libre, résiste ! Même en enfer on peut danser !)
Signé : 51. Photo : CDB, 2026.
Ogni fiore ha le sue spine per proteggersi. Non per ferire (Chaque fleur a ses épines pour se protéger. Et pas pour blesser)
Signé : Poeta della serra / Poète de la serre. Photo : CDB, 2026.
Pe’ noi der popolo è ’na sfida resta’ a galla. Ed ogni notte è sempre la stessa storia. Se fammo forza co’ ’na pacca sulla spalla e coi santini de i morti tenuti in gloria (Pour nous du peuple c’est un défi de rester à flot. Et chaque nuit c’est la même chose. Nous nous donnons la force avec une tape dans le dos et avec les photos des défunts glorifiés)
Signé : 51. Photo : CDB, 2026.
Ho già apparecchiato la tavola pronto a gustamme ’n ’antra menzogna. Governanti dar culo ’n faccia spero che proviate almeno vergogna (J’ai déjà dressé la table, prêt à goûter un autre mensonge. Gouvernants au cul dans la figure, j’espère que vous ressentez au moins de la honte)
Signé : 51. Photo : CDB, 2026.
Quando la luce è ’ntrappolata dar buio e la morte fa sparì il tuo essere vivo, co’ le catene crea ’n gioiello ribelle e respira come gesto sovversivo (Quand la lumière est piégée par l’obscurité et la mort fait disparaître ton être vivant, avec les chaînes crée un bijou rebelle et respire comme un geste subversif)
Signé : 51. Photo : CDB, 2026.
La poesia serve a pulì i pensieri assillanti, a tranquillizza’ l’anima dar soffocamento. Ognuno ha la battaja sua, non si è mai così distanti, ognuno ha ’n piede ner conforto, l’artro ner tormento (La poésie sert à nettoyer les pensées obsédantes, à apaiser l’âme de l’étouffement. Chacun a sa bataille, on n’est jamais autant éloignés, chacun a un pied dans le réconfort et l’autre dans la tourmente)
Signé : 51. Photo : CDB, 2026.
Da esperienze e lacrime ne ricavi pensieri, me ce ’mbriacai, come successe spesso e volentieri (Des expériences et des larmes on puise des pensées, je m’en suis saoulé, cela m’est arrivé souvent et volontiers)
Signé : 51. Photo : CDB, 2026.
Non puoi scorgere. Se non ti vuoi sporgere (Tu ne peux pas voir si tu ne veux pas te pencher)
Signé : Poeta della serra / Poète de la serre. Photo : CDB, 2026.
Meglio chi si finge ghiaccio, ma poi scopri che si scioglie di chi sembra darti tutto, ma poi dopo te lo toglie (Mieux vaut celui qui fait semblant d’être de glace, mais dont on découvre ensuite qu’il fond, que celui qui semble tout vous donner, mais qui ensuite vous enlève tout)
Signé : PDS. Photo : CDB, 2026.
Les voix philosophiques
Si vede da come mi vede (Cela se voit dans la manière dans laquelle il/elle me voit)
Photo : CDB, 2026.
Non essere nessuno (Ne soit pas personne)
Photo : CDB, 2026.
Ci sono spazi che cambiano la vita (Il y a des espaces qui changent la vie)
Photo : CDB, 2026.
Dove sei ? In un luogo indefinibile che ospita una vita sospesa tra passato e presente (Où es-tu ? Dans un lieu indéfinissable qui héberge une vie suspendue entre le passé et le présent)
Photo : CDB, 2026.
Abbiate cura della dolcezza, non se ne trova più tanta in giro (prenez soin de la douceur, on n’en trouve pas beaucoup autour de nous)
Photo : CDB, 2026.
Les voix contre le patriarcat et pour la sororité
Demolire quest’illusione che chiamate la vita (Démolir cette illusion que vous appelez la vie)
Photo : CDB, 2026.
Né maternità forzate, né sterilità imposte ! (Ni maternités forcées, ni stérilités imposées !)
Photo : CDB, 2026.
Alessandra Capone. Hasta siempre, sorella (Alessandra Capone. À toujours, notre sœur)
Alessandra Capone, danseuse de flamenco, décédée à 48 ans des suites d’un cancer. Photo : CDB, 2026.
Mia sorella non si tocca (On ne touche pas à ma sœur)
Alessandra Capone, danseuse de flamenco, décédée à 48 ans des suites d’un cancer. Photo : CDB, 2026.
Les voix contre l’État et ceux qui les dirigent
Morte allo stato sionista. Morte a ogni Stato (Mort à l’État sioniste. Mort à tout État)
Photo : CDB, 2026.
In this workshop North American citizens will have to pay a 50% duty. In U$A, Mr. Trump decides. Here, we decide. (Dans cet atelier les citoyen·nes nord-Américain·es doivent payer 50% de taxes. Aux États-Unis Trump décide. Ici, nous décidons.)
Photo : CDB, 2026.
CPR lager di Stato (CPR - centres de détention administrative - lager d’État)
Photo : CDBo, 2026.
Wanted for crimes against humanity. Benjamin Netanyahu, Prime minster of Israel (Recherché pour crimes contre l’humanité. Benjamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël)
Photo : CDB, 2026.
Surveiller et veiller sur
Vai piano ! Ci so’ bimbi (Roule doucement ! Il y a des enfants)
Photo : CDB, 2026.
Over here... vai piano (Ici... roule doucement)
Photo : CDB, 2026.
Il popolo veglia (Le peuple veille)
Photo : CDB, 2026.
Les voix depuis le balcon
Depuis les balcons de la rue, la vue sur le chantier. Collage de droite avec la dédicace ’Hommage à Caspar David Friederich’
Photo : CDB, 2026.
Depuis les balcons de la rue, la vue sur le chantier
Photo : CDB, 2026.
Les voix des animaux, et de la nécessité de les protéger, mais pas de protéger leurs patrons
Dessin d’un prince qui chevauche un dragon qui porte une ville sur son dos
Photo : CDB, 2026.
Rispettare gli animali è un obbligo. Amarli è un privilegio (Respecter les animaux est une obligation. Les aimer un privilège)
Photo : CDB, 2026.
A stronzo/a ! Gli escrementi del tuo cane li devi raccogliere ! Non devi fare finta di niente. Hai capito ? Sei un incivile pezzo di merda (Oh, étron·ne ! Les excrément de ton chien, tu dois les ramasser ! Tu ne dois pas faire semblant de rien. As-tu compris ? Tu es un incivil bout de merde)
Photo : CDB, 2026.
Dessin d’une vache
Photo : CDB, 2026.
Les voix (et les visages) de femmes
Portrait de femme
Photo : CDB, 2026.
Portrait de femme
Photo : CDB, 2026.
Portrait d’une femme, ange, sainte
Photo : CDB, 2026.
Visage... d’une femme ?
Photo : CDB, 2026.
Portrait de femme
Photo : CDB, 2026.
Portrait de femme/Méduse
Signé : La Fede, 2025. Photo : CDB, 2026.
Les voix de l’art, tout simplement
Un ours en train de tailler une plante grimpante
Photo : CDB, 2026.
Chat aux yeux bleus
Photo : CDB, 2026.
Hommages à Pier Paolo Pasolini
A Pa’. Poeta de Borgata (Au père. Poète de Borgata [nom du quartier])
Photo : CDB, 2026.
Non illuderti : la passione non ottiene mai perdono. Non ti perdono neanch’io, che vivo di passione (Ne te fais pas d’illusions : la passion n’obtient jamais le pardon. Même moi, qui vis de passion, je ne te pardonne pas)
Photo : CDB, 2026.
Les bagnoles parlent aussi...
Une Fiat Panda très bavarde : Niente airbag, si muore da eroi (Pas d’airbag, on meurt en héros), Così, de botto, senza senso (Comme ça, d’un coup, sans aucun sens), E mo che hai sonato, canta ! (Et maintenant que tu as sonné, chante !)