Créé en 1626, le Jardin des Plantes de Paris a connu de nombreuses transformations qui ont façonné au fil des siècles son organisation, ses collections et ses paysages. Aujourd’hui, il se présente comme un jardin botanique pluriel, composé de secteurs aux fonctions et aux identités distinctes, et reconnu à l’échelle internationale pour la richesse de son patrimoine scientifique et végétal.
Si ses collections et son histoire sont largement documentées, les dimensions plus concrètes de sa production restent souvent moins visibles.
La broderie, en tant que médium textile, est un mode d’expression à la fois matériel et sensible. Par la matérialité des fils et des tissus, les gestes qu’elle engage et la temporalité lente de sa réalisation, elle transmet une expérience sensible et incarnée du lieu. Elle engage le toucher autant que le regard et s’inscrit dans la tradition des cartographies sensibles (ou sensorielles), où le choix du support influe sur la manière de représenter, mais aussi de comprendre un espace.
Les cartographies présentées ici s’inscrivent dans une réflexion sur les manières de rendre visibles ces dimensions souvent discrètes du jardin. À travers la broderie, elles proposent une autre lecture de cet espace, attentive à ses formes, à ses matérialités et à celles et ceux qui contribuent à son existence.
Ce projet prend forme à travers des cartes brodées inspirées du parterre de broderie, figure emblématique des jardins à la française fondée sur une composition symétrique de parterres fleuris et de haies taillées en motifs ornementaux. Réinterprétée comme un outil de cartographie, cette figure permet d’explorer le Jardin des Plantes à partir de ses composantes matérielles, paysagères et humaines qui contribuent à sa production.
Les cartes documentent les formes et les structures qui organisent l’espace dans une temporalité donnée (2023-2024) : tracés, limites, ouvertures, présence arborée, répartition des surfaces végétalisées et artificialisées, ainsi que les choix de composition qui participent à sa mise en scène, notamment à travers les couleurs des plantations. L’une de ces cartes, représentant les différents secteurs du jardin, a été réalisée à partir du tissu des uniformes des jardiniers, établissant ainsi un lien matériel entre la cartographie et celles et ceux qui participent à l’entretien du lieu.
Une autre carte déplace le regard vers les jardiniers et jardinières qui façonnent et entretiennent le jardin, en rendant visibles des conditions de travail qui demeurent souvent en arrière-plan, notamment la précarité de certains statuts et contrats. Elle rappelle ainsi que le jardin n’est pas seulement un assemblage de formes végétales et paysagères, mais également le produit d’un travail humain souvent peu visible.
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VOYAGES EN CARTES SENSIBLES :
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