La librairie al-Karmel a été fondée le 1er mars 2000 par Hani Fouad Hamad et détruite par un bombardement le 13 février 2024. Cette librairie, d’une surface de 100 m2, a été nommée d’après le Mont Carmel à Haïfa, ville devenue israélienne en 1947. Le nom de la librairie se réfère au contexte géographique historique propre à la Palestine. La librairie vendait principalement des ouvrages scolaires, de l’école maternelle (bustān) aux études supérieures. Le fonds de la librairie comprenait aussi des livres culturels et religieux, des romans et des ouvrages de développement personnel. La librairie al-Karmel faisait vivre trois familles. Elle était gérée par Hani Fouad Hamad et deux collaborateurs : un de ses neveux et un de ses amis. Son frère, Abu Ahmed Hamad, l’a aussi assisté pendant 7 ans.
En raison de la pénurie de gaz durant la famine, l’équipe de la librairie a dû débiter l’une de grandes tables en bois qui servaient à présenter les livres, pour l’utiliser comme combustible pour cuisiner.
Dès janvier 2025, le frère d’Hani Fouad Hamad, Abu Ahmed, installe un étal de livres temporaire dans le camp de Nuseirat, à côté du marché. Il l’appelle « Étal de livres d’Abu Ahmed » (بسطة أبو أحمد للكتب ).
Abu Ahmed Hamad achète des livres récupérés dans les décombres d’universités ou de bibliothèques bombardées, pour 60 nouveaux shekels par sac environ, indépendamment de la valeur des ouvrages. Il les lit, garde ceux qu’il apprécie et propose les autres à la vente. Les livres d’histoire et de géographie déchirés et hors-d’usage sont vendus au poids à des marchands de falafels et de sucreries comme papier d’emballage ou comme poches à tabac. Le prix du papier abîmé a chuté de 15 à 7 nouveaux shekels par kilo durant la famine extrême qui a touché la bande de Gaza, aux alentours du mois de février 2025.
Dénomination
Typologie :
Librairie
Dénomination en Arabe :
مكتبة الكرمل / بسطة أبو أحمد للكتب
Translittération :
Maktabat al-Karmal / Basṭat Abū Aḥmad lil-Kutub
Dénomination en Français :
Librairie al-Karmel / Étal de livres d’Abu Ahmed
Autres dénominations
(français et anglais) :
Maktabat al-Karmel
Librairie al-Karmel
Librairie du Mont Carmel
Localisation et coordonnées
Localisation du site 1 : Librairie al-Karmel
Adresse :
Camp de réfugiés al-Bureij (bloc 12), en face des écoles, Bande de Gaza (site principal)
(مخيم البريج للاجئين (الكتلة 12)، مقابل المدارس، قطاع غزة)
Coordonnées :
31.43944, 34.40306
Date de création :
1er mars 2000
Date de destruction :
13 février 2024
Localisation Site 2 : Réouverture de la librairie al-Karmel à Deir al-Balah
Adresse :
Deir al-Balah, rue al-Nakheel, dans l’immeuble Madi, Bande de Gaza (دير البلح، شارع النخيل، في مبنى « مادي »، قطاع غزة )
Coordonnées :
31.4254037, 34.3441643 (approximatives)
Date de création :
depuis décembre 2024
Localisation Site 3 : L’étal de livres d’Abu Ahmed
Adresse :
Camp de Nuseirat, à côté du marché local, Bande de Gaza ( مخيم النسيرات، بجوار السوق المحلي، قطاع غزة)
État des lieux avant le 7 octobre 2023 : état des collections, des fonds et des équipements
Date de création et historique
La librairie al-Karmel (site 1) a été fondée le 1er mars 2000 par Hani Fouad Hamad, libraire depuis la fin des années 1990 (al-Nabahin 2026b). Cette librairie, d’une surface de 100 m2, a été nommée d’après le Mont Carmel, situé à Haïfa, devenue israélienne en 1947 (PalestineRemembered 2026). Elle se réfère ainsi au contexte géographique historique de la Palestine (al-Nabahin 2026b), et porte le nom d’un lieu important pour les trois principales religions monothéistes [1] (Sorbonne Université 2025). Elle était une institution de la vie culturelle du camp d’al-Bureij (al-Nabahin 2026a).
Intérieur de la librairie al-Karmel en 2023 – image prise par la caméra de surveillance (site 1).
Source : photographie transmise par Hani Fouad Hamad.
Intérieur et extérieur de la librairie al-Karmel en 2023 – images de la caméra de surveillance de la librairie (site 1).
Source : photographie transmise par Hani Fouad Hamad.
Collections / fonds documentaires
La librairie vendait principalement des ouvrages scolaires, de l’école maternelle (bustān) aux études supérieures. Le fonds de la librairie comprenait aussi des livres culturels et religieux, des romans et des ouvrages de développement personnel (al-Nabahin 2026a et b). La librairie proposait également des fournitures de bureau, de la papeterie, des sacs d’école, des jouets pour enfants, du parfum, des fleurs, des décorations de mariage et des cartes téléphoniques prépayées (al-Nabahin 2026b).
Exemple d’ouvrage vendu par la librairie al-Karmel (site 1).
Outre les livres et articles en vente, la librairie possédait des imprimantes et des machines à relier à la pointe de la technologie, ainsi qu’un grand groupe électrogène destiné à assurer la continuité de l’activité durant les coupures d’électricité (al-Nabahin 2026b).
Public(s) et activités
La clientèle de la librairie al-Karmel était variée. Si elle était essentiellement fréquentée par les étudiants, les scolaires et leur famille, son fonds de littérature et d’essais lui attirait un public plus varié. Le service d’impression était particulièrement utile aux étudiants.
Personnel avant la destruction
La librairie al-Karmel faisait vivre trois familles. Elle était gérée par Hani Fouad Hamad et deux collaborateurs : un de ses neveux et un de ses amis (al-Nabahin 2026b). Son frère, Abu Ahmed Hamad, l’a aussi assisté pendant 7 ans (al-Nabahin 2026a).
Hani Fouad Hamad est diplômé en programmation et bases de données depuis 2002. Il a obtenu un bachelor en développement social en 2006. Bien qu’inscrit en 2007 en master, il n’a pu terminer ses études supérieures en raison de circonstances indépendantes de sa volonté. Il a mis à profit les connaissances acquises lors de ses études pour gérer et développer sa librairie, animé par la passion de cette profession qu’il exerce depuis 26 ans (al-Nabahin 2026b).
Abu Ahmed Hamad est quant à lui diplômé en gestion des entreprises et détient un bachelor en sciences administratives et financières de l’Université ouverte d’al-Quds. Avant la guerre, il travaillait principalement dans une confiserie à Deir al-Balah, mais les livres restent sa passion première et son domaine d’expertise (al-Nabahin 2026a).
Témoignage
Hani Fouad Hamad raconte qu’avant l’inauguration officielle de sa librairie, il avait installé une pancarte portant l’inscription “Librairie al-Karmel” sur la devanture du local encore vide, afin de marquer la naissance de ce rêve culturel avant même qu’il ne prenne forme concrètement (al-Nabahin 2026b).
Description de l’état actuel incluant le site, les collections/fonds et les équipements
Date(s) de destruction ou dommages
La librairie al-Karmel (site 1) a été détruite le 13 février 2024 (al-Nabahin 2026b).
Circonstances et description de la destruction
La librairie a été largement bombardée, ce qui a entraîné l’effondrement total du bâtiment, la destruction des portes, fenêtres et de tous les équipements (al-Nabahin 2026b). Par la suite, le contenu resté indemne (dont les livres et des machines onéreuses) a été pillé par des voleurs (al-Nabahin 2026b).
Ce site a été fermé officiellement et administrativement en mai 2026 (al-Nabahin 2026b).
Situation du personnel (sur place, déplacés, tués, blessés)
Hani Fouad Hamad et son neveu ont été déplacés à Deir al-Balah. L’ami de Hani Fouad Hamad qui travaillait à la librairie a été déplacé, sans que l’on ne sache exactement où. Abu Ahmed Hamad a été déplacé du camp d’al-Bureij. Il vit actuellement au nord-est du camp de Nuseirat, dans une zone largement détruite au bulldozer située à 10 mètres de la « ligne jaune [2] » (al-Nabahin 2026a). Il vit dans un environnement particulièrement dangereux.
En raison de la pénurie de gaz durant la famine, l’équipe de la librairie a dû débiter l’une de grandes tables en bois qui servaient à présenter les livres, pour l’utiliser comme combustible (al-Nabahin 2026a).
Témoignage
Hani Fouad Hamad témoigne : « En un jour, 26 ans de souvenirs, de récits d’étudiants et d’histoire culturelle du quotidien ont été effacés. » (al-Nabahin 2026b).
Préservation, sauvegarde, restauration
Rénovation du site/sauvegarde des collections ou fonds antérieures ou en cours au 7 octobre 2023
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Interventions d’urgence durant la guerre
La librairie al-Karmel a rouvert fin 2024 à Deir al-Balah, rue al-Nakheel, dans l’immeuble Madi [3] (site 2). En raison d’une situation financière difficile, l’équipe est réduite au propriétaire, Hani Fouad Hamad, et à un seul assistant. Le local (provisoire) de la librairie coûte 1 500 nouveaux shekels [4] par mois, ce qui constitue un loyer élevé, notamment en regard de l’effondrement de l’économie locale.
La demande se fait rare pour les biens culturels : la clientèle de la nouvelle librairie est majoritairement composée de lycéens et d’étudiants. Des enfants s’y rendent aussi pour y trouver des jouets, mais ces produits sont rarement disponibles en raison du blocus imposé par Israël. La librairie se concentre donc sur une mission « d’éducation à la survie » : elle propose un service d’impression, de la papeterie et du matériel scolaire, et une centaine de livres culturels (al-Nabahin 2026b).
Intérieur de la librairie al-Karmel,
Deir al-Balah (site 2).
Source : photo transmise par Hani Fouad Hamad.
Exemple d’ouvrage vendu par la librairie al-Karmel (site 2) :
manuel de classe de terminale.
Dès janvier 2025, le frère d’Hani Fouad Hamad, Abu Ahmed, installe un étal de livres temporaire dans le camp de Nuseirat, à côté du marché (site 3) (al-Nabahin 2026a). Il le nomme « Étal de livres d’Abu Ahmed » (en anglais : Abu Ahmed’s Bookstall, et en arabe : بسطة أبو أحمد للكتب – translittération : Basṭat Abū Aḥmad li-l-kutub).
Abu Ahmed Hamad et son étal de livres près du marché local de Nuseirat. Parmi les ouvrages proposés à la vente, on distingue entre autres un manuel complet de chimie pour le secondaire, un manuel complet d’arabe pour le secondaire (site 3)...
Source : photo transmise par Abu Ahmed Hamad.
Étal de livres d’Abu Ahmed près du marché local de Nuseirat (site 3).
Source : photo transmise par Abu Ahmed Hamad
Ouvrage présent sur l’étal d’Abu Ahmed (site 3). Il s’agit du livre Est-ce que l’Amérique a besoin d’une politique étrangère ? : vers une diplomatie pour le XXIe siècle, de Henry Kissinger.
Source : photo transmise par Abu Ahmed Hamad
Abu Ahmed Hamad achète des livres sauvés des décombres d’universités ou de bibliothèques bombardées, pour 60 nouveaux shekels par sac environ, indépendamment de la valeur des ouvrages. Il les lit, garde ceux qu’il apprécie et propose les autres à la vente. Les livres d’histoire et de géographie déchirés et hors-d’usage sont vendus au poids à des marchands de falafels et de sucreries, et utilisés comme papier d’emballage ou comme poches à tabac. Le prix du papier abîmé a chuté de 15 à 7 nouveaux shekels par kilo durant la famine extrême qui a touché la bande de Gaza, aux alentours du mois de février 2025 (al-Nabahin 2026a).
Abu Ahmed Hamad s’est adapté au contexte économique et culturel : au plus fort de la famine, il vendait à 5 ou 10 nouveaux shekels des livres qui en valaient 30 ou 35. Les livres rares, d’une valeur de 70 nouveaux shekels, étaient vendus 12 nouveaux shekels pour pouvoir acheter des produits de première nécessité, comme les lentilles (al-Nabahin 2026a).
Pour maintenir son étal, Abu Ahmed Hamad fait face à des défis logistiques : tous les jours, il transporte un gros chargement de livres entre son domicile et le marché du camp de Nuseirat à l’aide d’un diable usé. Cette manutention est épuisante physiquement, en raison des routes très endommagées par les bulldozers et du manque de moyens de transports. Afin de protéger ses livres de tout dommage, Abu Ahmed Hamad loue à un ami un petit entrepôt près du marché. Durant les évacuations forcées, le transport et le stockage des livres n’est pas prioritaire par rapport aux vêtements et aux objets de première nécessité, et cela devient un fardeau : ils sont transportés manuellement, en plusieurs fois (al-Nabahin 2026a).
L’étal d’Abu Ahmed s’adresse aux jeunes lecteurices et aux adultes. Les adolescent·es y recherchent principalement des romans, tandis que les plus agé·es s’intéressent aux ouvrages intellectuels et politiques (comme ceux consacrés au marxisme). Les manuels scolaires restent la principale demande, en raison de l’arrêt de la scolarité à Gaza (al-Nabahin 2026a).
Enfin, Abu Ahmed Hamad soutient économiquement les personnes qui en ont besoin. Il propose un service de prêt de livres pour un prix symbolique de 5 nouveaux shekels (pour des livres en valant 15). Il distribue aussi gratuitement des livres scolaires et religieux, ou réduit leur prix à 3 nouveaux shekels pour les familles dans le besoin. Il acquiert des livres hors-d’usage auprès de personnes nécessiteuses, dans l’unique but de les aider financièrement (al-Nabahin 2026a).
Programme de restauration/reconstruction possible
La destruction totale de la première librairie al-Karmel (site 1) et l’anéantissement de 26 années de travail ont poussé son propriétaire, Hani Fouad Hamad, à envisager de quitter Gaza après la guerre. Tous ses biens ont été détruits, et, malgré l’ouverture d’une seconde librairie de fortune, il n’a plus de moyens de subsistance viables (al-Nabahin 2026b).
Bien que passionné de littérature, Abu Ahmed Hamad a pour priorité de subvenir aux besoins de ses enfants. Il souhaite donc développer un projet économiquement stable. Il envisage d’ouvrir un supermarché et de donner les livres qui lui restent à des institutions culturelles. Il souhaite qu’un jour les livres soient accessibles à tous gratuitement (al-Nabahin 2026a).
Témoignages
Témoignage de Hani Fouad Hamad, propriétaire et fondateur de la librairie al-Karmel, dans un entretien avec Safaa al-Nabahin (2026b) :
J’ai choisi d’ouvrir cette librairie parce que c’est mon métier, que j’aime et pour lequel j’éprouve une grande passion. Au cours de mes 26 années de travail, j’ai vu des élèves grandir ; je me souviens précisément d’une élève qui me rendait visite pendant ses années d’école, et aujourd’hui elle est mariée et a des enfants, et je travaille toujours à la librairie… à regarder les générations changer ».
Sources écrites
Mahmoud 2026
Hani Mahmoud. (2026, 26 janvier). « Ligne jaune, la zone tampon israélienne de facto qui façonne la vie à Gaza. Agence Médias Palestine.
PalestineRemembered 2026
PalestineRemembered. (1999-2026). Welcome to Haifa. PalestineRemembered.com.
Sorbonne Université 2025
Sorbonne Université. (2025). Le Mont Carmel. Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe.
Sources iconographiques et audiovisuelles
Hamad (Abu Ahmed)
Photographies prises et transmises par Abu Ahmed Hamad
Hamad (Hani Fouad)
Photographies prises et transmises par Hani Fouad Hamad
« Étal de livres d’Abu », dessin à main levée réalisé au crayon de couleur sur papier, mettant l’accent sur des contours nets pour faire ressortir les détails des livres et la structure de l’étal.
Œuvre : Safaa al-Nabahin, juin 2026.
The purpose of this drawing is to document and preserve the cultural memory of Abu Ahmed’s bookstall. By clearly depicting the titles and subjects on display—such as « Geography, » « Human Sciences, » and the « Al-Shamil » educational series—the artwork aims to capture the daily reality of Gaza’s intellectual life, showing how these simple street stalls served as vital pillars for education and community resilience.
— Safaa al-Nabahin, (instagram, @safaa.art.gaza)
Librairie al-Karmel
Œuvre : Théodora Lucile, juillet 2026.
Théodora Lucile est dessinatrice et autrice de bandes-dessinées. Elle vit à Paris et à Bruxelles. C’est elle qui a dessiné le logo de Reading in Gaza. Vous pouvez la retrouver sur Instagram (@theodora.lucile).
Pour citer cet article :
Dominique Dupart, Safaa al-Nabahin, El Amine Zentar & Collectif Reading in Gaza (20 juin 2026 ; mis à jour le 14 août 2026). n° 140 — Librairie al-Karmel / Étal de livres d’Abu Ahmed مكتبة الكرمل / بسطة أبو أحمد للكتبReading in Gaza.