Librairie Samīr Manṣūr
مكتبة سمير منصور

READING IN GAZA

3 mars 2026

 

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La librairie « Samir Mansour » مكتبة سمير منصور est un des grands lieux iconiques de Gaza. Créée en 2000 par le fils d’un imprimeur, détruit déjà deux fois par des bombardements, son siège historique est un lieu très fréquenté du Quartier Al-rimal.

Le premier bombardement est survenu le 18 mai 2021. Le second est survenu le 10 octobre 2023. À deux reprises, des milliers de livres détruits et incendiés. Mais ce centre rayonnant de livres ne meurt pas. La librairie est composée de plusieurs antennes – au moins 3 sites différents. Elle rassemble une maison d’édition et une imprimerie qui tiennent contre les bombes. Pour lutter contre la guerre, la librairie « Samir Mansour » sait toujours se réinventer. Trois fois, Samir Mansour a installé un étalage de livres à proximité des ruines pour perpétuer, toujours avec passion, cette grande pratique de la circulation des livres qu’est le métier de libraire.

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Dénomination

Typologie : Librairie + Distributeur + Imprimeur
Date de création : 2000
Date de destruction : 18 mai 2021 [1], 2023
Dénomination en Arabe : مكتبة سمير منصور
Translittération : Maktabat Samīr Manṣūr
Dénomination en Français : Librairie Samīr Manṣūr
Dénomination en Anglais : Samir Mansour Bookstore

Adresses et localisations

Site 1 (2000- 2021, destruction) :
siège historique originel
Immeuble Al-Kahil [2], University Street* [3], Quartier Al-Rimal
Site 1,2 (2021-février 2022) :
Etalage
Même localisation mais en face [4].
Site 2 (février 2022-2023, destruction) :
Siège historique reconstruit
Angle de la rue Muṣṭafā Ḥāfiẓ et de l’University Street, en face de al-Zaytūn Preparatory Male School. A gauche de la librairie, l’Université Islamique [5]. 31.514267, 34.442575
Site 2,2 (2023- ?) :
Étalage
Même localisation.
Site 3 (Jusqu’en 2023, destruction) :
Succursale de la Vieille-ville :
Rue al-Waḥda, en face de l’École al-Zahrāʾ. Bâtiment proche du Qaṣr al-Bāshā 31.504507, 34.465629
Site 4 (dégâts mineurs en 2023) :
Succursale de la rue al-Rimāl :
Rue Al-Rimal, à côté de l’Amideast, de l’Université ouverte al-Quds et de l’Hôpital Victory children.
Site Internet & réseaux sociaux : Page Facebook de la librairie
Compte twitter/X de la librairie
Page instagram de la libraire

État des lieux avant le 7 octobre 2023 : état des collections, des fonds et des équipements.

 
Historique

Samīr Manṣūr a travaillé dès l’âge de quinze ans, à partir de 1980, avec son père imprimeur. Par la suite, il a enrichi la bibliothèque familiale avant de la transformer en une maison d’édition et librairie en 2000 [6]. Selon le journal Le Monde : « La librairie avait ouvert en 2000, juste avant le début de la deuxième Intifada.

Sur ses rayons en bois verni, les Gazaouis trouvaient aussi bien des ouvrages religieux que des livres pour enfants, des manuels scolaires ou universitaires et des romans. L’endroit servait de vitrine pour la production littéraire palestinienne, notamment aux auteurs de Gaza, comme, par exemple, Talal Abu Shawish, un enfant du camp de réfugiés de Nuseirat. La boutique de la rue Thalathiny [“University Street”] [Site 1] était aussi prisée des amateurs de classiques et de best-sellers occidentaux, en version originale ou bien traduits en arabe » [7]. La librairie a toujours accueilli les jeunes talents, s’est efforcé de soutenir les écrivains gazaouis et de diffuser la littérature palestinienne à l’international [8].

La librairie et l’imprimerie occupent les deux premiers étages de l’immeuble Kahil, qui héberge d’autres organismes éducatifs (centre de formation, etc.). Organismes en lien avec les universités Al-Azhar [جامعة الأزهر] et Al-Aqsa [ جامعة الأزهر] qui sont situées à proximité. La librairie est décrite comme une “caverne” qui est “ remplie de bouquins du sol au plafond » [9].

Samir Mansour, sur les traces de son père, est passionné par le travail de l’édition et de l’imprimerie. Il organise aussi des traductions d’ouvrages. Une édition du Coran [ “Mus’haf al-Quds al-Sharif” ] a été le premier livre publié par Mansour. La librairie était un lieu de rencontres pour les écrivains, comme Ghareeb Asqalani, mais aussi les lecteurs, toute la communauté de la lecture gazouie [10].

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Fig. 1 — Photographie du siège historique de la librairie (Site 1) avant sa destruction le 18 mai 2021.
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : Site Facebook de la librairie.
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Fig.2 — Devanture du siège historique de la librairie (Site 1) avant le bombardement du 18 mai 2021.
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : Site Instagram de la librairie.

Collections / fonds documentaires
« 300 000 ouvrages scientifiques, culturels, religieux, historiques, artistiques et littéraires en arabe et en anglais » selon le témoignage de Samīr Manṣūr

Équipements
Machines d’impression numérique. [11]

Première destruction survenue le 18 mai 2021
Site 1
, le siège historique

Le site est bombardé le 18 mai 2021 [12]

Le 18 mai 2021, la librairie est réduite à l’état de décombres par un bombardement qui cible l’immeuble Al-Kahil [13].Le bombardement est délibéré [14]. Samīr Manṣūr s’est étonné que sa librairie ait été visée alors qu’elle ne représente aucun parti politique [15].

Vers 5 heures du matin, son propriétaire, Samīr Manṣūr, était chez lui et regardait les informations à la télévision lorsqu’il a appris que l’armée israélienne avait averti qu’elle allait détruire le bâtiment al-Kaḥīl. L’homme d’une cinquantaine d’années s’est alors précipité vers sa librairie, mais, pour ne pas mourir dans sa librairie, il s’est arrêté à 200 mètres [16]. »

Le jour même, Samīr Manṣūr poste une photographie saisissante “ Après/Avant” sur les réseaux sociaux (fig. 3). La légende de la photographie écrite et postée par Samir Mansour est la suivante : “Sous ces ruines gît la bibliothèque Samir Mansour, détruite par le bombardement israélien du bâtiment Kahil, rue Thalatini. Cette bibliothèque, qui accueillait aussi bien les passants que les lecteurs et était aimée de tous, n’est plus. Dieu soit loué.” [17] Dans les jours qui suivent, 4 000 mentions « J’aime » témoignent de l’expression d’une solidarité mondiale. Les pertes sont estimées à environ 700 000 dollars dont la destruction d’environ 100 000 livres [18] Selon Samīr Manṣūr, une cinquantaine de titres seulement ont pu être sauvés des ruines. [19].

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Fig. 3 — Photographie
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : Site Twitter/X de la librairie.
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Fig. 4 — Les ruines de la librairie Mansour [Site 1] photographiées après le bombardement du 18 mai 2021.
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : Site Facebook de la librairie.

Reconstruction et réouverture le 17 février 2022
Site 2
, siège historique reconstruit

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Fig. 5 — Le 22 mai 2021, Samir Mansour photographié devant les décombres de sa librairie détruite.
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : Emmanuel Dunand/AFP.
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Fig. 6 — Mahmoud Assaf, auteur gazaoui, cherche ses livres dans les décombres de la librairie.
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : The Palestine Chronicle.
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Fig. 7 — Mahmoud Assaf, auteur gazaoui, cherche ses livres dans les décombres de la librairie [Site 1] après le bombardement du 18 mai 2021
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : The Palestine Chronicle, accessible ci-après.

En février 2022, la librairie réouvre ses portes en présence du ministre palestinien de la Culture ʿĀṭif Abū Sayf. 1 000 mètres carrés de librairie reconstruite. 300 000 à 400 000 livres installés de nouveau sur les étagères [20]. La nouvelle librairie est située “à moins de 100 mètres du site d’origine” [21]. La librairie était sinon restée fermée pendant 9 mois.
À 21 ans, le fils de Samir Mansur, Muḥammad Manṣūr, jeune diplômé d’une école de commerce, a rejoint l’entreprise familiale pour aider son père à la reconstruction.

Palestiniens et amis de la librairie organisent une campagne sur les réseaux sociaux pour collecter les dons et les livres qui ont été véhiculés via le poste-frontière commercial israélien de Kerem Shalom vers la bande de Gaza. » [22] Deux avocats en droits humanitaires, Mahvish Roxana and Clive Stafford Smith, sont à l’initiative d’une campagne de dons impressionnante [23]. 25 000 dollars sont levés. Des milliers de livres sont rassemblés, collectés, envoyés. 150 000 livres affluent en provenance du monde entier. L’acheminement des livres a pourtant rencontré plusieurs obstacles en raison des blocages mis en place par Israël.

La reconstruction a coûté environ 350 000 dollars. « Depuis juillet 2021, on a publié presque 70 nouveaux livres : des romans, des essais, de la poésie, des manuels de management et bien d’autres encore ! » a déclaré Muḥammad Manṣūr sur Radio France en février 2022 [24].

Le nouveau bâtiment [Site 2] inauguré en février 2022, 9 mois après la destruction survenue le 18 mai 2021, s’étend sur 1 000 mètres carrés [25]. Il comporte trois étages, « en marbre et métal noir, avec des étagères de bois blond ou brun pour les livres » [26]. Il comprend un « espace réservé aux enfants avec des livres et un coin de détente spécialement aménagé. » [27]

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Fig. 8 — La nouvelle librairie Samir Mansour [Site 2] photographiée le jour de son inauguration
Le 17 février 2022
Source : Al Jazeera.
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Fig. 9 — L’intérieur de la librairie [Site 2] reconstruite et inaugurée.
La date de ces prises de vue est inconnue.
© Radio France - Frédéric Métézeau.

Destructions de 2023

 
Site 2, siège historique reconstruit

Le site est très endommagé. Al Jazeera 4 annonce en janvier 2024 que la librairie a été « badly damaged » [28]
La librairie semble, en effet, avoir été très endommagée à défaut d’avoir été tout à fait détruite [29]. Des images témoignent que des pièces ont subi des dommages mais que des livres et rayonnages ont aussi subsisté [30].

Date(s) des dommages occasionnés sur le Site 2 : 10 octobre 2023 [31]
Circonstances de la destruction : bombardements [32]
Description des destructions et/ou dommages :
bâtiment : Le bâtiment est encore debout après le bombardement du 10 octobre 2023.
Collections : Il est impossible pour le moment de donner un chiffre exact qui établit le nombre de livres ayant survécu aux bombardements israéliens. Il faudra attendre la fin de la guerre pour faire un inventaire précis, compte tenu de la situation actuelle à Gaza. [33]
Situation du personnel : Certains membres du personnel ont été déplacés vers le sud. D’autres membres du personnel ont été tués. Certains sont toujours portés disparus : le contact n’a pas été rétabli. [34]
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Fig. 10 — Avant-Après la destruction du Site 2 survenue le 10 octobre 2023.
La date de cette prise de vue est inconnue.
Source : Compte Instagram de la librairie.

Site 3, succursale de la Vieille-ville

Date(s) des dommages occasionnés sur le Site 3 : 2023, date précise inconnue.
Circonstances de la destruction : bombardements [35]
Description des destructions et/ou dommages : La succursale est entièrement détruite [36]
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Fig. 11 — Photo satellite de la Vieille ville à Gaza ville où se trouve la succursale de la librairie Mansour située rue al-Wahda. Coordonnées : 31.5039389 34.465111.
La date de ces prises de vue est inconnue.
Source : © Google maps. Coordonnées : 31.5039389 34.465111.

Site 4, succursale de la rue Al-Rimal

Date(s) des dommages occasionnés sur le Site 4 : 2023, date précise inconnue.
Circonstances de la destruction : bombardements [37]
Description des destructions et/ou dommages : Des dégâts mineurs en 2023 [38]

Restauration

Samir Mansour n’a jamais abandonné sa mission de libraire, d’éditeur et d’imprimeur en dépit des destructions par bombardements qui scandent la vie de toutes les antennes de ses librairies depuis l’ouverture du siège historique originel en 2000. Après chaque bombardement , il a installé à proximité du site détruit un étalage de livres : un étalage après le bombardement du 18 mai 2021 et un étalage après le bombardement du 10 octobre 2023. Ces étalages sont chaque fois destinés à maintenir en vie la boutique, mais aussi le commerce de livres, la vie des livres. Ces deux étalages sont aussi bien sûr destinés à rendre possible que la lecture ne meurt pas. Samir Mansour a choisi par exemple après la destruction du siège historique reconstruit en octobre 202 de distribuer gratuitement des livres d’histoires aux enfants des écoles pour déplacés à travers Gaza “pour semer les graines de l’espoir dans une génération qui grandit au milieu des décombres” [39].

Préservation, sauvegarde, restauration

La bibliothèque semble avoir rouvert en juillet 2025 en utilisant des livres disponibles qui n’étaient pas complètement endommagés.

Un post du 17 septembre 2025 sur la page Instagram de la librairie montre l‘intérieur de la bibliothèque fermé par un volet roulant avec des rayonnages vides et des piles de livre posées à terre [40].

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Fig. 12 — Publication du 17 septembre 2025.
Source : Compte Instagram de la librairie.

Sources écrites

  • Les sources sont référencées dans les notes bas de page.

Sources iconographiques et audiovisuelles

  • Fig. 3 — Photographie « après-avant » postée sur le compte twitter de Samir Mansour après la destruction de sa librairie survenue le 18 mai 2021. Site Twitter/X de la librairie
  • Fig. 4 — Les ruines de la librairie Mansour [Site 1] photographiées après le bombardement du 18 mai 2021. Source : Site Facebook de la librairie
  • Fig. 5 — Le 22 mai 2021, Samir Mansour photographié devant les décombres de sa librairie détruite. Source : Emmanuel Dunand/AFP, via un article d’Al Jazeera
  • Fig. 6 — Mahmoud Assaf, auteur gazaoui, cherche ses livres dans les décombres de la librairie. Source : The Palestine Chronicle
  • Fig. 7 — Mahmoud Assaf, auteur gazaoui, cherche ses livres dans les décombres de la librairie [Site 1] après le bombardement du 18 mai 2021. Source : The Palestine Chronicle [41]
  • Fig. 8 — La nouvelle librairie Samir Mansour [Site 2] photographiée le jour de son inauguration, le 17 février 2022. Source : Al Jazeera
  • Fig. 9 — L’intérieur de la librairie [Site 2] reconstruite et inaugurée. ©Radio France - Frédéric Métézeau, via un article de Radio France
  • Fig. 11 — Photo satellite de la Vieille ville à Gaza ville où se trouve la succursale de la librairie Mansour située rue al-Wahda. ©Google maps. Coordonnées : 31.5039389 34.465111, consulté le 24 septembre 2025.
  • Fig. 12 — Un post du 17 septembre 2025 montre l‘intérieur de la bibliothèque fermé par un volet roulant avec des rayonnages vides et des piles de livre posées à terre. Source : Compte Instagram de la librairie

Informations techniques

Numéro de fiche : 40
Lien avec d’autres fiches :
Typologie : Librairie + Distributeur + Imprimeur
Auteurices : Dominique Dupart, Paul Elani, Rémy Gareil, Hugues Jallon, Reka & Vayu
Date de création de la fiche n : 27 août 2025
Date(s) de mise-à-jour : 3 mars 2026
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Façade de la librairie Mansour.
Dessin numérique réalisé avec Procreate, noir & blanc.
Œuvre : Shahd Alshamaly, 2026.

Shahd Alshamaly est une artiste visuelle expérimentale et autrice de bande dessinée palestinienne originaire de Gaza, actuellement basée à Berlin.

Sa pratique artistique embrasse la bande dessinée, la narration visuelle, l’animation ainsi que la création d’affiches politiques. Elle utilise le dessin comme une forme de témoignage et de préservation de la mémoire. Son travail documente des expériences personnelles et collectives de déplacement, de perte et de survie, tissant des liens entre l’intime et le politique à travers le témoignage vécu. Elle développe actuellement sa bande dessinée Under Occupation, Above Hope et a récemment réalisé le court film d’animation All Faces Smile at Me with Strange Eyes lors d’une résidence en France.

 

j’ai réalisé trois dessins distincts, chacun consacré à un lieu précis de Gaza tel qu’il existait avant le génocide.

Le premier dessin, c’est la façade de la librairie Samir Mansour, l’un des repères culturels les plus importants de Gaza, entièrement détruite pendant le génocide.

Le deuxième dessin montre une journée ordinaire au café Al-Baqa, un lieu qui n’était pas seulement un café, mais aussi un espace culturel et artistique reflétant la vie sociale de Gaza, où j’ai perdu plusieurs amis lors d’un bombardement.

Le troisième dessin représente le nouveau bâtiment de l’Université Al-Azhar à Al-Mughraqa, où j’ai étudié le droit et les droits humains, en documentant son apparence d’origine avant sa destruction totale par les forces d’occupation israéliennes. »
 
— Shahd Alshamaly, février 2026.

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