En 2007, la section palestinienne de l’International Board on Books for Young People (IBBY) soutient la création des deux bibliothèques pour enfants d’al-Ata’ (مكتبة ايبي العطاء — Maktabat Ībī al-ʿAṭāʾ) et d’al-Shawta (مكتبة ايبي الشوكة — Maktabat Ībī al-Shawka). La bibliothèque al-Ata’ se situe à Bayt Ḥanūn et la bibliothèque al-Shawka se situe à Rafah. Après le 7 octobre 2023, la bibliothèque al-Ata a été complètement détruite. La bibliothèque al-Shawka, elle, a été vandalisée.
Les deux bibliothèques ont été créées pour fournir des livres et des activités éducatives aux enfants qui vivaient dans des zones marginalisées de la bande de Gaza. Elles étaient implantées dans des bâtiments modestes. Des bâtiments qui étaient aménagés pour accueillir des activités destinées aux enfants et adolescents. Les espaces comprenaient des salles de lecture, des espaces d’animation et des lieux destinés aux ateliers créatifs et éducatifs. Plusieurs peintures murales colorées réalisées par Sami al-Salmi (سامي السالمي — Sāmī al-Sālmī) ornaient les murs.
Destinées aux enfants, ces fresques célébraient l’amour des livres et de la lecture. Dans le cadre du projet Hekayatna (Ḥikāyatnā), dirigé par Safa Al-Nabahin (صفاء النباهين), des enfants de Gaza leur rendent hommage pour Reading in Gaza.
Al-Shawka Children Library Al Ata Children Library
Adresses et localisations
Site 1 : Bibliothèque IBBY d’Al-Ata’
Établissement :
La bibliothèque est hébergée dans le bâtiment de l’association caritative Al-Ataa (Jamʿiyyat al-ʿAṭāʾ al-khayriyya), dans le quartier de Beit Hanoun (Bayt Ḥanūn), rue al-Sikka, en face de la pompe à eau (Wafa 2021).
État des lieux avant le 7 octobre 2023 : état des collections, des fonds et des équipements
Date de création et historique des deux bibliothèques
La bibliothèque IBBY d’al-Ata’ [Site 1] à Bayt Hanun, avant sa destruction en 2014
Photo : al-Ataa librarian, 2014.
En 2007, la section palestinienne d’IBBY (International Board on Books for Young People), également appelée PBBY, - soutient l’ouverture de deux bibliothèques jeunesse à Gaza : une à Bayt Ḥanūn (al-ʿAṭāʾ), au nord, et une autre à Rafaḥ (al-Shawka), au sud, sous la responsabilité de Jihān Ḥelū, présidente du PBBY (Abu Jahl 2017).
Fondée à Zurich, en Suisse, en 1953, l’IBBY est une organisation internationale à but non lucratif dédiée à la littérature jeunesse et à la promotion de la lecture auprès des enfants. Le réseau compte aujourd’hui 85 sections à travers le monde (IBBY 2026d). Elle représente aussi bien des pays dotés d’un secteur de l’édition et de programmes d’alphabétisation bien développés que des pays où seuls quelques professionnels dévoués mènent un travail de pionniers dans l’édition et la promotion du livre pour enfants (IBBY 2026d).
Ses missions sont les suivantes :
promouvoir la compréhension internationale au moyen des livres pour enfants ;
offrir aux enfants du monde entier l’accès à des livres d’une grande qualité littéraire et artistique ;
encourager la publication et la diffusion de livres pour enfants de qualité, en particulier dans les pays en développement ;
apporter un soutien et une formation aux personnes impliquées dans le domaine de l’enfance et de la littérature jeunesse ;
stimuler la recherche et les travaux universitaires dans le domaine de la littérature jeunesse ;
Selon l’IBBY, le projet des bibliothèques de Gaza a été développé en partenariat avec le Tamer Institute for Community Education afin de fournir des livres et des activités éducatives aux enfants vivant dans deux des zones les plus marginalisées de la bande de Gaza : Bayt Ḥanūn, proche de la frontière israélienne, et Rafaḥ, près du point de passage avec l’Égypte (International Board on Books for Young People, 2008). Le projet a été financé dans le cadre du programme Children in Crisis, avec le soutien de la Katherine Paterson Family Foundation (IBBY 2008).
Le Tamer Institute for Community Education (Tamer), fondé en 1989 durant la première Intifada (soulèvement), est une organisation palestinienne non gouvernementale à but non lucratif créée en réponse aux besoins urgents de la communauté palestinienne. Le plus important de ces besoins est de donner à la population les moyens d’apprendre, de développer ses compétences et de reconstruire son autonomie.
L’organisation œuvre principalement dans les domaines des droits à l’éducation, à l’identité, à la liberté d’expression et à l’accès à l’information pour les enfants et les jeunes. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza (Tamer 2022). Le programme de Tamer vise à contribuer à l’amélioration de la lecture, de l’écriture et de toutes les formes d’expression en créant un environnement propice aux processus d’apprentissage, et en soutenant la production littéraire et scientifique sur la culture des enfants en Palestine (Tamer 2022).
Des enfants lisant à la bibliothèque IBBY d’al-Ata’ [Site 1] à Bayt Ḥanūn en 2008.
Photo : Palestinian Section of IBBY (PBBY), 2009.
Abla Hamad, bibliothécaire responsable de la bibliothèque de Bayt Hanun, explique qu’à son ouverture, la bibliothèque occupait qu’une petite pièce en tôle et disposait d’un nombre limité de livres. Les collections se sont ensuite progressivement développées pour atteindre près de 6 000 ouvrages (A Ḥamad, communication personnelle, transmis par Jihān Ḥelū, directrice d’IBBY Palestine, à Hugues Jallon, PBBY, août 2025).
En juillet 2014, la bibliothèque al-Ata’ de Bayt Hanun est détruite une première fois. Visé par l’armée israélienne, le bâtiment qui l’héberge est partiellement endommagé le 18 juillet à l’aube lors d’un bombardement israélien, interrompant les activités de la bibliothèque. Dix jours plus tard, le 28 juillet 2014, l’armée israélienne bombarde à nouveau le bâtiment, prenant pour cible l’association caritative et tous les organismes qui y sont hébergés. Le bâtiment est entièrement détruit (al-Ataa 2014). Les photographies publiées par PBBY montrent l’ampleur des ravages causés par l’armée israélienne.
La bibliothèque IBBY d’al-Ata’ [site 1] à Bayt Ḥanūn, après sa destruction en 2014 par un bombardement de l’armée israélienne.
Source : al-Ataa 2014.
La bibliothèque IBBY d’al-Ata’ [site 1] à Bayt Ḥanūn, après sa destruction en 2014 par une attaque de l’armée israélienne.
Photo : al-Ataa librarian, 2014.
La bibliothèque al-Shawka [Site 2], à Rafaḥ, est occupée puis vandalisée durant la même période. Selon IBBY Palestine (2025e), le bâtiment est retrouvé dans un état très dégradé, avec des fenêtres brisées et une partie du mobilier et des équipements détruits ou manquants. Une partie importante des livres serait toujours sur les étagères, un espoir pour les enfants qui pour la plupart ont perdu leur maison, tout comme la bibliothécaire dont la maison est complètement détruite (IBBY 2025e).
À la suite de ces destructions, une campagne internationale d’appel aux dons est lancée par Hasmig Chahinian, vice-présidente d’IBBY lors du 34e congrès d’IBBY à Mexico (Mexique). 30 000 dollars sont récoltés pour la reconstruction de la bibliothèque de Bayt Hanoun et la réparation de celle de Rafah (Chahinian 2014).
Les activités de la bibliothèque al-Ata’ sont interrompues pendant environ un an avant d’être relocalisées temporairement à proximité du site d’origine à l’aide des fonds récoltés.
En 2015, IBBY Palestine organise la rénovation des deux bibliothèques grâce au mécénat de l’autrice jeunesse américaine Katherine Paterson et de sa fondation (IBBY 2015 & 2026a).
En 2020, la pandémie de Covid-19 entraîne la fermeture des bibliothèques pendant près de cinq mois, empêchant l’équipe d’IBBY d’apporter son aide aux enfants qui en avaient besoin.
En mai 2020, après de longues semaines d’un difficile confinement, la bibliothèque d’Al-Shawka à Rafah est autorisée à rouvrir partiellement en mai 2020 pour accueillir de petits groupes d’enfants, qui peuvent venir lire, emprunter des livres et participer à des activités d’écriture et de dessin liées à leur expérience pendant cette pandémie (IBBY 2020).
Photographie représentant à gauche Sami al-Salmi.
Source : Facebook 23 janvier 2024 ; Sami Assalmi.
Peinture murale de Sami al-Salmi à l’entrée d’une des deux bibliothèques [Site 2], inspirée de l’illustration de Muhammad Amous du livre Quand les poissons rouges ont cessé de danser.
Sources : IBBY 2022 & 2026c.
Peinture murale de Sami al-Salmi inspirée du dessin « Lire, c’est ma liberté » de Hafez Omar [Site 2].
Source : IBBY 2022.
Bâtiments
Les deux bibliothèques étaient implantées dans des bâtiments modestes mais aménagés pour accueillir des activités destinées aux enfants et adolescents. Les espaces comprenaient des salles de lecture, des espaces d’animation et des lieux destinés aux ateliers créatifs et éducatifs (A Ḥamad, communication personnelle, transmis par Jihān Ḥelū, directrice d’IBBY Palestine, à Hugues Jallon, PBBY, août 2025). Après leur rénovation en 2015, les bibliothèques réaménagent des espaces intérieurs (al-Ataa 2014).
Collections et fonds documentaires
Livraison des livres envoyés par Book Aid International début 2022
(IBBY 2022)
Jihān Ḥelū, présidente d’IBBY Palestine souligne l’immense difficulté d’acheminement des livres dans la bande de Gaza en raison des restrictions imposées par l’occupation israélienne. Après la destruction de la bibliothèque en 2014, les collections ont été reconstituées grâce à des dons de nombreuses maisons d’édition et au soutien es réseaux internationaux de l’Unesco (Abu Jahl, 2017).
En 2017, selon Mahmud al-Hissi, bibliothécaire de la bibliothèque al-Shawka [Site 2], la bibliothèque comptait 2 000 livres, dont 85% relevaient de la littérature jeunesse (Abu Jahl 2017).
En 2022, Book Aid International fait un don de 3 000 livres à IBBY Palestine. Les livres ont été répartis entre les bibliothèques d’al-Ata’ et d’al-Shawka, ainsi qu’entre plusieurs partenaires à Gaza, dont différents centres Ma’an et le centre pour enfants al-Qattan (IBBY 2022).
Tri des livres envoyés par Book Aid International début 2022.
Source : IBBY 2022.
Distribution de boîtes contenant des crayons et des carnets, des masques et du désinfectant pour les mains.
IBBY Palestine a également utilisé une partie de ses fonds limités pour donner des coupons alimentaires et fournir des vêtements d’hiver aux enfants.
Source : IBBY 2021.
Équipements
Livraison du nouveau mobilier de la bibliothèque al-Ata’ [Site 1] en 2022.
Source : IBBY 2022.
En 2021-2022, IBBY Palestine renouvelle le mobilier des deux bibliothèques et commande à l’artiste Sami al-Salmi plusieurs peintures murales (IBBY 2022).
En avril 2022, la bibliothèque al-Shawka dispose enfin d’un accès à internet, malgré les coupures fréquentes d’électricité : « Quand cela est devenu possible, nous avons été en mesure de fournir une connexion internet à la bibliothèque Al-Shawka ; malheureusement le courant est coupé plusieurs heures par jour, malgré tout internet nous permettra de partager des informations et de communiquer de manière plus efficace. » (IBBY 2022).
Public(s) et activités
Les bibliothèques d’IBBY Palestine accueillent principalement des enfants âgés de 8 à 15 ans, ainsi que leurs accompagnants (Abu Jahl 2017). Les activités proposées comprenaient des prêts de livres, des ateliers d’écriture créative, de dessin d’illustration, de théâtre, de marionnettes et d’arts plastiques, des jeux éducatifs, des projections de films documentaires et des stages d’été et des événements (IBBY 2012 & 2022a). Certaines activités sont pensées pour les enfants ayant des besoins spécifiques, notamment à travers des ateliers en langues des signes (IBBY 2018).
Affiche de la Journée internationale du livre jeunesse (2 avril 2022).
Source : IBBY 2022.
Atelier de lecture pour enfants.
Source : IBBY 2022.
Les bibliothèques participaient également à des événements comme la National Reading Campaign Week organisée par le Tamer Institute (IBBY 2022a).
IBBY Palestine encourage aussi les enfants à participer à divers concours dʼécriture. En 2021, la jeune Khitām al-Ḥīssī est lauréate du World Tales Short Story Competition organisée par lʼUNESCO (IBBY 2021 & Unesco 2023).
En 2008, IBBY Palestine organise à la librairie al-Ata’ à Bayt Ḥanūn des formations destinés aux bibliothécaires et bénévoles intéressés par le public jeunesse. Les sessions abordaient notamment la classification les activités théâtrales ; la narration, les techniques d’écriture créative, la fabircation de marionnettes, , les méthodes pour encourager la fréquentation des bibliothèques, la gestion de la colère chez les enfants (IBBY 2009).
Remise du prix Unesco du World Tales Short Story Competition à Khitām al-Ḥīssī.
Source : IBBY 2021 & Unesco 2023)
Après l’offensive israélienne contre Gaza de 2008-2009, les bibliothécaires indiquent que ces formations leur ont permis de mettre en œuvre des activités de dessin, d’écriture et surtout de théâtre avec les enfants (IBBY 2009).
Abla Hamad, bibliothécaire, à la bibliothèque al-Ata’ de Bayt Hanun, développe également des ateliers de bibliothérapie destinés aux enfants affectés par le conflit et des traumatismes. Des formations en bibliothérapie sont ensuite dispensées aux personnes travaillant dans les centres qui, à leur tour, ont formé d’autres bibliothécaires travaillant un peu partout à Gaza (Abu Jahl 2017).
Personnel
Jihān Ḥelū dirige IBBY Palestine.
Le personnel comprend :
Abla Ḥamad, bibliothécaire à la bibliothèque al-ʿAṭāʾde Bayt Ḥanūn, et
Maḥmūd al-Ḥīssī, bibliothécaire à la bibliothèque al-Shawka de Rafah.
Les bibliothécaires suivent régulièrement des formations en gestion des bibliothèques, catalogage et classification, organisées notamment par le Tamer Institute et le centre culturel Al-Qattan (IBBY 2012).
Description de l’état actuel incluant le site, les collections/fonds et les équipements
Date(s) de destruction et circonstances de la destruction
Selon les informations publiées par IBBY (2026a), les destructions israéliennes menées à Gaza depuis octobre 2023 ont touché les deux bibliothèques du réseau IBBY Palestine . La bibliothèque de Bayt Hanun a été entièrement détruite, tandis que celle de Rafah a été vandalisée. Pendant le cessez-le-feu, Les habitants du quartier ont pris l’initiative de nettoyer les décombres afin de permettre aux enfants d’emprunter à nouveau des livres. Mais avec la reprise des attaques israéliennes et le contrôle de Rafah, l’accès à la bibliothèque de Rafah est redevenue une fois de plus impossible et sa situation actuelle demeure aujourd’hui inconnue.
Jihān Ḥelū, directrice d’IBBY Palestine, rapporte également que Lorsque la bibliothécaire Abla Hamad et sa famille ont pu retourner brièvement à Bayt Ḥanūn pendant le cessez-le-feu, elles n’ont même pas reconnu l’emplacement de leur maison ni celui de la bibliothèque : le quartier avait été entièrement rasé, au point d’en devenir méconnaissable (A Ḥamad, communication personnelle, transmis par Jihān Ḥelū, directrice d’IBBY Palestine, à Hugues Jallon, PBBY, août 2025).
Description des destructions et/ou dommages
La bibliothèque IBBY d’al-Ata’ [Site 1] à Bayt Ḥanūn en juillet 2025.
Source : IBBY 2026a.
Les publications d’IBBY Palestine sur Facebook montrent qu’au début de l’année 2025, La bibliothèque IBBY de Rafah était gravement endommagée, alors que les travaux de remise en état de la bibliothèque al-Shawka venaient tout juste de commencer.
Une publication Facebook du 31 janvier 2025 informe que certains enfants et la communauté locale avaient entrepris de nettoyer les décombres afin de rendre le lieu à nouveau accessible (IBBY 2025c).
Quelques semaines plus tard, le 31 mars 2025, IBBY Palestine fait toutefois état de fortes inquiétudes concernant la poursuite des activités. Si les premiers travaux de remise en état avaient permis à certains enfants de revenir emprunter des livres, les massacres en cours dans la région de Rafaḥ, même pendant le cessez-le-feu, empêchaient la reprise des activités destinées au jeune public (IBBY 2025d).
Destructions de la bibliothèque IBBY d’al-Shawka
[Site 2] à Rafaḥ.
IBBY Palestine 2025d.
Dommages à la bibliothèque IBBY d’al-Shawka
[Site 2] à Rafaḥ.
IBBY Palestine, 2025d.
Façade de la bibliothèque IBBY d’al-Shawka
[Site 2] à Rafaḥ.
IBBY Palestine 2025d.
Remise en état de la bibliothèque IBBY d’al-Shawka
[Site 2] à Rafaḥ par la population locale.
IBBY Palestine 2025d.
Dommages à la bibliothèque IBBY d’al-Shawka
[Site 2] à Rafaḥ.
IBBY Palestine 2025d.
Remise en état de la bibliothèque IBBY d’al-Shawka [Site 2]
à Rafaḥ par la population locale.
IBBY Palestine 2025d.
Situation du personnel (sur place, déplacés, tués, blessés)
IBBY souligne que les bibliothécaires ont été déplacés à de multiples reprises, mais qu’ils continuent malgré tout à accompagner les enfants dès que les conditions le permettent (IBBY 2026a).
Un reportage vidéo réalisé par AJ+ en septembre 2024 précise qu’Abla Ḥamad, l’une des deux bibliothécaires employées à plein temps par IBBY Palestine, ont été déplacées avec sa famille plus de sept fois. Malgré ces conditions, elle a poursuivi ses activités auprès des enfants chaque fois qu’il lui était possible de le faire (IBBY 2026a & AJ+ arabi 2024).
En mai 2025, IBBY Palestine met en avant l’engagement d’Abla Ḥamad auprès des enfants. L’organisation explique que, malgré les bombardements incessants, les déplacements répétés, la faim et les traumatismes psychologiques liés à la guerre, la bibliothécaire continue d’organiser de petits ateliers de bibliothérapie. À travers des histoires et de l’art, ces séances offrent aux enfants des moments de sécurité, d’imagination et de soutien émotionnel. IBBY insiste sur le rôle essentiel de la lecture et de l’expression créative pour aider les enfants à faire face aux expériences traumatiques vécues depuis le début de la guerre (IBBY 2026a).
La bibliothécaire Abla Ḥamad lisant, sous une tente, un livre à des enfants déplacés en 2025.
Source : IBBY 2026a)
Témoignages
1. Abla Hamad, bibliothécaire à al-ʿAṭāʾ [Site 1] de Bayt Ḥanūn (IBBY 2025f, 13 mai 2025). Ce témoignage est une traduction de la publication Facebook d’IBBY Palestine.
Ma vie sous le génocide israélien : Après 585 jours,
Je travaille avec mes enfants en utilisant tout ce qui se trouve dans ma mémoire et mon répertoire mental d’histoires, d’activités et de discussions sur tous les sujets qui les concernent et la situation de tous les côtés.
J’ai eu la chance de disposer de ce répertoire, grâce à l’opportunité de travailler en bibliothèque, à l’expérience que j’y ai acquise et aux formations, qui ont eu un impact à long terme. Tout cela m’a permis de réduire le stress et l’anxiété chez mes enfants et les autres enfants du camp ou sur le site où nous avons été déplacés. Je passe autant de temps que possible avec eux, même si ces moments sont parfois interrompus par le bruit des bombardements, des explosions et la peur.
Notre capacité à nous adapter et à respirer correctement nous a permis de rester psychologiquement en sécurité, comme si c’était simple.
Les enfants libèrent leurs émotions à travers le dessin, le dialogue et en parlant de leur psychisme et de leurs difficultés. Les tâches ménagères, pour ainsi dire, alors que nous n’avons pas de foyer, nous demandent beaucoup d’efforts : allumer un feu, cuisiner, chauffer de l’eau pour se laver et aller chercher de l’eau pour faire la lessive.
Le nettoyage constant est une mesure de prévention des maladies et le fait d’envisager la situation sous différents angles nous a pris beaucoup d’énergie, mais nous attendons un jour radieux et lumineux où nos sourires et nos rires reviendront. Pas comme avant, mais peut-être reviendront-ils sans laisser de blessures profondes.
Nos visages ont changé et nos mains sont devenues noires.
Nos corps se sont affaiblis et nous avons perdu toute énergie. La douleur est devenue constante dans nos corps à cause du manque de nourriture.
Nous en avons assez de vivre dans la crainte de nous réveiller au bruit d’une explosion qui nous ferait perdre un être cher. Nous en avons assez de la peur que notre téléphone portable sonne pour nous annoncer une perte. »
— Abla Hamad
2. Premier témoignage de Sami al-Salmi, artiste visuel.
Lorsque nous avons commencé créer la bibliothèque pour enfants dans le quartier d’Al-Shawka, à Rafah, j’ai immédiatement senti que nous n’étions pas simplement en train de créer un lieu consacré aux livres et à la lecture. Nous cherchions plutôt à offrir aux enfants un espace d’une autre nature : un environnement chaleureux et accueillant, profondément accordé à leur imaginaire.
En tant qu’artiste plasticien, et avec mon ami Mahmoud Amin, nous avons commencé à réfléchir aux différentes manières d’aménager le lieu, de lui insuffler une âme et d’y apporter des touches artistiques afin de rendre la bibliothèque plus attrayante et plus vivante. J’ai entrepris d’agrandir les murs de la bibliothèque à l’aide de cloisons en bois. Nous nous sommes ensuite consacrés à la création de son identité visuelle, dans laquelle les enfants ont joué un rôle fondamental.
Nous nous sommes assis avec eux pour parler de leurs dessins, de leurs formes et de leurs couleurs. Nous avons écouté leurs idées et leur imaginaire, en cherchant à faire une place à leur créativité dans l’esthétique et l’esprit de la bibliothèque. Ces moments étaient intenses et passionnés, pleins d’énergie et de plaisir d’expérimenter. J’ai véritablement eu le sentiment que les enfants n’étaient pas de simples usagers de cet espace, mais de véritables partenaires dans sa conception.
Lorsque la journée des enfants s’achevait et qu’ils repartaient, il m’arrivait de rester pour poursuivre les peintures et apporter ici ou là les dernières touches. Un soir, sans m’en apercevoir, le temps a passé jusqu’à la tombée de la nuit. Épuisé, j’ai même pensé à dormir là, au milieu des livres et des histoires, près des étagères de la bibliothèque.
Ce moment résumait à lui seul une grande part de ce que cette expérience représentait pour moi. Je ne cessais de réfléchir à la manière de donner à la bibliothèque sa nouvelle forme, et à la façon dont un espace aussi simple pouvait se transformer en un refuge où un enfant puisse ressentir de la chaleur, et découvrir les livres, l’art et l’imaginaire.
Participer à la préparation de la bibliothèque Al-Shawka a été pour moi une expérience artistique et humaine particulièrement précieuse. Elle a réuni mon amour de l’art, mon attachement aux livres et aux bibliothèques, ainsi que mon désir d’offrir aux enfants un espace qui ouvre des portes vers la lecture, l’imagination et l’espoir.
— Témoignage Sami al-Salmi, artiste visuel.
3. Deuxième témoignage de Sami al-Salmi, « Dessiner avec les enfants pendant la guerre ».
Mon expérience de travail auprès des enfants pendant la guerre à Gaza n’a pas été une expérience professionnelle ordinaire. Ce fut une expérience humaine exceptionnelle, vécue au milieu de la peur, des bombardements, des déplacements et de la perte de tout sentiment de sécurité. Dès le début de la guerre, et à mesure que son intensité augmentait, nous avons été témoins de bombardements continus et de la destruction massive de quartiers résidentiels entiers, y compris des maisons, des hôpitaux et des institutions, ainsi que de la perte de milliers de vies. Dans cette réalité impitoyable, les gens ont éprouvé un profond sentiment de désorientation et d’incertitude, et trouver un endroit sûr est devenu un défi quotidien.
Dans ces circonstances, continuer à travailler auprès des enfants exigeait une immense détermination et un grand courage. Souvent, atteindre les enfants signifiait se déplacer dans des conditions dangereuses et s’exposer à de nombreux risques et dangers. Pourtant, nous croyions que le simple fait d’être auprès des enfants, même pour un court moment, pouvait leur redonner un peu de ce sentiment de sécurité et de joie que la guerre leur avait arraché.
Le défi ne se limitait pas aux conditions sécuritaires ou à la difficulté de se déplacer d’un endroit à l’autre. Nous devions également encourager les enfants à participer à des programmes artistiques et culturels, ainsi qu’à des activités de soutien destinées à apaiser leur souffrance. Certains enfants vivaient dans la peur, l’anxiété et une instabilité constante, et il était parfois difficile de leur demander de dessiner ou de jouer alors que leur réalité quotidienne était remplie de peur et de déplacements.
Malgré tout, nous allions vers eux et tentions de former de petits groupes d’enfants. Nous nous asseyions avec eux, dessinions, jouions et écrivions ensemble. Mais chaque fois que nous commencions une nouvelle activité, les déplacements continuels d’un lieu à un autre devenaient un obstacle à la poursuite de notre travail. Juste au moment où nous commencions à tisser des liens avec un groupe d’enfants et à nous familiariser avec un lieu particulier, de nouvelles circonstances nous forçaient à partir et à tout recommencer.
Et pourtant, à chaque fois, nous renouvelions notre détermination et nous nous encouragions à continuer. Les expressions des enfants, leur passion pour le dessin, le jeu et l’écriture, nous donnaient une nouvelle énergie. Nous avons vu comment un enfant, malgré la peur et la dureté de la vie, pouvait créer un petit espace de beauté et s’exprimer à travers l’art.
Cela m’a fait comprendre encore plus profondément que les enfants possèdent une immense capacité de créativité, même dans les circonstances les plus difficiles. Pour les enfants, le dessin n’était pas simplement une activité récréative, et le jeu n’était pas seulement une manière de passer le temps. Ils sont devenus des espaces d’expression, des espaces où les enfants pouvaient retrouver une part de l’enfance que la guerre avait alourdie et perturbée.
Bien des fois, nous avons dû repartir de zéro. Nous ne disposions pas de ressources suffisantes, et le matériel de dessin et les fournitures artistiques étaient limités. Lorsque certains matériaux étaient disponibles, ils étaient devenus extrêmement coûteux à cause du blocus et de la difficulté d’accès aux fournitures. Nous nous sommes donc mis à chercher tout ce qui était disponible autour de nous, utilisant des objets de récupération et des matériaux simples que nous transformions en outils et en ressources artistiques pouvant aider les enfants à s’exprimer et à créer.
De ces ressources limitées, des œuvres ont commencé à prendre forme, porteuses d’un sens profond. Ce n’étaient pas de simples dessins ou de simples productions artistiques ; elles reflétaient la personnalité de chaque enfant, ce qu’il vivait et ressentait, ainsi que les images et les événements qui l’avaient marqué.
Lorsque nous regardions ces œuvres, nous nous arrêtions devant elles avec un grand respect. Les petites mains des enfants dessinaient la dure réalité qu’ils avaient eux-mêmes vécue : des maisons détruites, des tentes, des souvenirs, des lieux perdus, et des rêves auxquels ils s’accrochaient encore. Parfois, les dessins exprimaient ce qu’un enfant était incapable de mettre en mots.
Cette expérience m’a appris que travailler auprès des enfants en temps de guerre ne consiste pas simplement à mettre en œuvre des activités et des programmes. C’est une responsabilité humaine. Cela signifie atteindre un enfant au moment où il a besoin que quelqu’un l’écoute, lui offrir un espace sûr où il peut s’exprimer, et l’aider à découvrir sa capacité à créer malgré tout ce qui l’entoure.
Chaque fois que nous recommencions, je découvrais que repartir de zéro n’est pas toujours une fin ; cela peut être un nouveau commencement. Malgré nos ressources limitées, les conditions difficiles et les déplacements constants, nous avons pu créer des moments de dessin, de jeu et d’écriture, et voir des enfants sourire, créer et s’exprimer.
C’est là l’essence de mon expérience auprès des enfants pendant la guerre : l’art n’a pas arrêté les bombardements, et il n’a pas pu changer la réalité de la guerre, mais il a pu offrir aux enfants un petit espace de vie. Il a préservé leur droit de s’exprimer, de jouer et de créer, et leur a permis de dire, à travers leurs couleurs et leurs dessins : « Je suis encore là, et j’ai encore la capacité de rêver et de créer. »
Pour moi, les œuvres nées des mains des enfants dans ces circonstances difficiles étaient plus que de simples productions artistiques. Elles étaient des témoignages vivants de la résilience et de la créativité des enfants palestiniens, et du fait que l’art peut être une petite fenêtre par laquelle la lumière pénètre dans des vies alourdies par la guerre.
— Sami al-Salmi, « Dessiner avec les enfants pendant la guerre »
Préservation, sauvegarde, restauration
Rénovation du site/sauvegarde des collections ou fonds antérieures ou en cours au 7 octobre 2023
Après les destructions de 2014, IBBY Palestine avait déjà organisé la rénovation et la réouverture des deux bibliothèques grâce à des campagnes internationales de soutien et à des dons provenant de partenaires étrangers (IBBY 2015).
Depuis 2025, plusieurs initiatives locales de nettoyage et de réhabilitation partielle ont été entreprises par les habitants de Rafaḥ afin de rendre de nouveau accessibles certains espaces de la bibliothèque al-Shawka et permettre une reprise limitée du prêt de livres (IBBY 2025d).
Programme de restauration/reconstruction possible
Le 30 avril 2025, une campagne de collecte en ligne de fonds a été lancée par Story Sunbirds afin de soutenir le relèvement des deux bibliothèques IBBY de Gaza. Au 2 juin 2025, plus de 15 900 dollars avaient été récoltés (Chahinian 2014, IBBY France et CNLJ/BnF, communication personnelle en août 2025 ; IBBY 2026 & 2026b ; Story Sunbirds 2025a & 2025b).
Informations techniques
Numéro de fiche :
34 (fusionnée avec la fiche 33)
Lien avec d’autres fiches :
Fiche 32 — Bibliothèque du centre culturel Gaza (Al-Qattan) Fiche 34 — Bibliothèques IBBY Fiche 35 — Bibliothèque de l’Association Al-Maghāzī pour la réadaptation communautaire Fiche 36 — Bibliothèques al-Khidr (NAWA) Fiche 37 — Bibliothèque du parc al-Bayyara et al-Hakoora Fiche 39 — Bibliothèque al-Zaytouna (NAWA) Fiche 44 — Bibliothèque de l’association Āfāq Jadeeda (Āfāq Jadīda) / Nouveaux Horizons Fiche 110 — Bibliothèque de l’association caritative alʿAṭāʼ
Typologie :
Bibliothèques jeunesse (pour enfants et adolescents) Association/fondation : International Board on Books for Young people (IBBY)
Auteurice(s) :
Dominique Dupart, Rémy Gareil, Fanny Gayon, Hugues Jallon, Lola Maselbas, Ahmad Nachour, Cécile Perrin, Vernon Silence, Vanessa VR
Ces deux dessins d’enfant sont un hommage rendu aux peintures murales réalisées par Sami al-Salmi pour la bibliothèque IBBY Al-Shawka. La première fresque était elle-même un hommage rendu au dessin Lire c’est ma liberté de Hafez Omar.
Menna et Maram, âgées de 14 ans, sont les deux talentueuses jeunes dessinatrices qui ont réalisé les deux hommages au travail de Sami al-Salmi. Nous les remerçions pour leur contribution. Elles participent au projet « Hekayatna » (Nos Contes — حكاياتنا) à Gaza, dirigé par Safa al-Nabahin.
Depuis le cœur de nos modestes tentes à Gaza, les enfants du projet « Hekayatna » (Nos Contes — حكاياتنا) ont recréé cette magnifique œuvre de l’artiste Sami al Salmi, en hommage sincère à sa créativité. À travers ces couleurs, ils transmettent un message d’espoir, de résilience et d’amour de la vie. « Hekayatna » (حكاياتنا) est notre façon de recréer une société artistique en miniature, prouvant que même dans les moments les plus sombres, l’imagination et les rêves de nos enfants ne peuvent être brimés. Nous peignons pour vivre, et nous vivons pour raconter notre histoire. »
— Safaa al-Nabahin, directrice du projet « Hekayatna »n Instagram : @safaa.art.gaza
Illustration de la bibliothèque IBBY d’al-Ata’ [ Site 1] à Bayt Hanun, avant sa destruction en 2014.
Elio Cuilleron (Instagram : @eliobrouillard).
Elio Cuilleron vit à Paris. Son approche multidisciplinaire se déploie dans les domaines du dessin, de l’écriture, de la peinture, de la gravure, de la photographie et de la sculpture. Il a fait ses études à l’École du Louvre et à la National Taiwan Normal University, à Taipei.
Je souhaite offrir une image d’archive pour cette bibliothèque disparue. Faire image est toujours un geste politique. Contribuer à Reading in Gaza témoigne pour moi d’une volonté de responsabilité et d’engagement.
Wafa 2021
Autorité générale pour la jeunesse et la culture. (2021). Guide des bibliothèques de la bande de Gaza [دليل المكتبات في قطاع غزة]. Palestine News &Info Agency (Wafa).
Chahinian 2014
Hasmig Chahinian. (2014, septembre 10). Opening Ceremony, Biblioteca de Mexico, Mexico City, Mexico. 34th IBBY Congress, Mexico City, Mexico.