Fondée en 1972, la Bibliothèque du Centre pour la Culture et la Lumière مكتبة مركز الثقافة والنور (maktabat Markaz al-thqāfa wa-l-nūr), située dans le quartier al-Rimāl, est l’une des bibliothèques publiques historiques de la bande de Gaza. Avant sa destruction en novembre 2023, ses collections rassemblaient plus de 20 000 titres et comptaient parmi elles un fond consacré à la résistance palestinienne. L’accueil y était bienveillant, un piano était présent, un café permettait aussi aux étudiants de se rencontrer. Soutenu par l’Église Baptiste, le centre accueillait de manière inclusive un large public composé de chrétiens et de musulmans. 9800 lectrices et lecteurs étaient inscrits à la Bibliothèque. Les chercheuses et chercheurs – tout comme les écoliers – y étaient les bienvenus. Il ne reste que quelques murs ; la maison et les collections ont été intégralement détruites.
Dénomination
Typologie :
Bibliothèque associative
Date de création :
1992
Date de destruction :
Indéterminée
Dénomination en Arabe :
مكتبة مركز الثقافة والنور
Translittération :
Maktabat Markaz al-thaqāfa wa-l-nūr
Dénomination en Français :
Bibliothèque du Centre « Culture et lumière »
Dénomination en anglais :
The Culture and Light Library
Localisation et coordonnées
Adresse :
Quartier Rimal (al-Rimāl), Gaza, rue Zake Khayal, proche du commissariat de police
Description avant le 7 octobre incluant le site, les collections, les fonds et les équipements
Date de création et historique
En 1967, après la guerre des six jours qui a opposé Israël à l’Égypte, la Syrie, l’Irak et la Jordanie et conduit à une offensive importante dans la bande de Gaza, l’enclave palestinienne s’est retrouvée sans bibliothèque. Celle appartenant à la direction de l’éducation, située près du stade du Yarmouk ayant été détruite.
L’association Baptiste a reçu une grande quantité de dons financiers à la suite à cette offensive, et a eu l’idée d’investir cet argent dans la création d’une bibliothèque avec le soutien de l’église Baptiste.
Un groupe de personnes de la société civile, soutenu par la suite par l’Église Baptiste, décide de collecter des ouvrages dans un lieu dédié, comme le raconte Attalah Tarzi, directeur adjoint du Centre pour la culture et la lumière [1]. C’est ainsi qu’en 1972 naît la première bibliothèque publique de la bande de Gaza.
Premiers locaux de la bibliothèque.
Palestine TV. برنامج مكتبات لها تاريخ وهو “مركز الثقافة والنور”هي مكتبة تنير الطريق للعلم |والمعرفة والتاريخ في غزة
Programme Des bibliothèques chargées d’histoire :
la bibliothèque du Centre pour la culture et la lumière éclaire la voie vers le savoir,
la connaissance et l’histoire à Gaza. Vidéo n°6. 2023. 23:29. https://www.youtube.com/watch?v=zCS6FPJBgLQ
Provenance des livres
Après la guerre de 1967, les livres sont devenus plus rares. Un convoi a alors été envoyé jusqu’à une librairie de Naplouse afin de se procurer des livres. Une confrontation violente entre des résistants palestiniens et l’armée israélienne s’est produite alors que les membres du convoi se trouvaient dans la librairie dans l’attente de la réception de leur commande. D’autres livres proviennent de Jérusalem, d’Hébron (Al-Khalil) et de Haïfa où se tenait un salon du livre. Une collection consacrée à la résistance palestinienne (principalement d’auteurices palestinien·es) provient de la ville d’Acre (Akka).
Répression
A une date non précisée, un gouverneur militaire s’est rendu à la bibliothèque. Il a constaté la présence d’une importante collection d’ouvrages consacrés à la cause palestinienne. M. Tarzi a alors été traduit devant une juridiction militaire, et les livres de cette collection ont été confisqués. A la suite de cet épisode, un dispositif de protection a été mis en place afin d’éviter d’autres confiscations lors d’inspections futures.
Initialement, la bibliothèque était installée rue Omar Al-Mukhtar, non loin de la place du soldat inconnu, dans une maison louée par les premiers membres. En 2023, elle a déménagé en face du commissariat Arafat, rue Zake Khayal. Ce nouveau bâtiment avait été conçu pour accueillir un plus grand nombre de livres et de lecteurs.
Témoignages
Haneene Alamsi, usagère de la bibliothèque et responsable de l’association Eyes on héritage, décrit la bibliothèque comme un espace majeur de la vie intellectuelle de Gaza [2] :
Cette bibliothèque était un espace majeur pour la vie intellectuelle à Gaza. C’est un lieu de rencontre ouvert et inclusif qui accueillait les musulmans et les chrétiens avec bienveillance. Un espace qui offrait aussi des services importants pour les chercheurs. Le centre est à l’image de Gaza où il n’existe pas de conflit religieux : c’était un lieu de réunion pour nous tous, musulmans et chrétiens. »
Cette bibliothèque était un refuge pour tous les étudiants qui la fréquentaient souvent presque quotidiennement après les cours. Il y avait toujours un accès à internet et des ressources que nous ne trouvions nulle part ailleurs. De plus, l’accès était simple. L’inscription à 10 shekels était un montant symbolique. Il y avait aussi un coin café où se rencontraient les étudiants. »
La bibliothèque du Centre Culture et la lumière en 2023.
Palestine TV. برنامج مكتبات لها تاريخ وهو “مركز الثقافة والنور”هي مكتبة تنير الطريق للعلم |والمعرفة والتاريخ في غزة
Programme Des bibliothèques chargées d’histoire :
la bibliothèque du Centre pour la culture et la lumière éclaire la voie vers le savoir,
la connaissance et l’histoire à Gaza. Vidéo n°6. 2023. 23:29. https://www.youtube.com/watch?v=zCS6FPJBgLQ
Personnel
L’équipe se composait de trois personnes :
Issam Farah : directeur
Attalah Tarz : chargé d’affaires auprès de la direction
Suzie Alsefity : trésorière
Bâtiment
Le centre occupait un espace de trois étages :
1 : dédié aux chercheurs et aux professionnels
2 : généraliste dédié aux sciences et aux lettres
3 : spécialisé en ouvrages de théologie chrétienne orthodoxe.
Collections / fonds documentaires
Lors de l’ouverture de la bibliothèque, il n’y avait que 250 ouvrages... Elle en comptait plus de 20 000 lors de sa destruction.
Le fonds documentaire couvrait de nombreux domaines : littérature, sciences, histoire, géographie, religion, technologie, gestion d’entreprise. Il comprenait également plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de la résistance palestinienne. Les ouvrages étaient destinés à différents publics et certains étaient disponibles en anglais. La bibliothèque comprenait également une section jeunesse, une section dédiée aux publications culturelles ainsi qu’une salle d’exposition.
Enfin, la bibliothèque soutenait d’autres bibliothèques telles que les bibliothèques scolaires, la bibliothèque Haider Abdel Shafi du Croissant-Rouge [Fiche 48], celle du YMCA [Fiche 80] et celle de l’Association des ingénieurs agricoles [Fiche 81].
Équipements
La bibliothèque disposait de plusieurs espaces et équipements : une grande salle de lecture avec plusieurs postes informatiques permettant un accès à internet, une salle polyvalente utilisée pour la lecture ou les ateliers de formation, des imprimantes et des photocopieuses, une salle d’exposition [3], un espace café et détente.
Public et activités
La bibliothèque était ouverte à l’ensemble de la population de la bande de Gaza pour une grande diversité de public qui allait des écoliers aux chercheurs. Elle comptait 9 800 membres.
Services proposés
Plusieurs services étaient proposés :
Consultation sur place
Prêt d’ouvrage
Impressions/photocopies
Accompagnement à la recherche
Conférences et formations à destination des étudiants et des chercheurs
La bibliothèque restait ouverte assez tard, jusqu’à 17 h, ce qui était rare à Gaza.
Destructions et vandalisme avant le 7 octobre
La bibliothèque et ses membres ont subi plusieurs agressions et intimidations de la part de l’armée israélienne. Issam Farah, directeur du centre, raconte que la censure visait particulièrement les ouvrages spécialisés dans l’histoire de la résistance palestinienne [5].
Deux incendies importants ont touché la bibliothèque pendant l’occupation israélienne de 1991 et 1993. Ces incendies ont endommagé une partie des collections mais, selon les responsables de la bibliothèque, ils ont été restaurés grâce au soutien de plusieurs organisations et grâce à l’appui de l’Église Baptiste [6].
Description de l’état actuel incluant le site, les collections, les fonds et les équipements
Destruction après le 7 octobre
Le bâtiment a été bombardé et presque entièrement détruit en novembre 2023. Selon Haneene Alamsi, usagère de la bibliothèque, le lieu sert aujourd’hui de refuge pour les déplacés. Les livres ayant échappés aux bombardement sont utilisés comme combustibles. C’est nécessaire pour la survie des déplacés, pour se chauffer ou cuisiner. [7].
Haneene Alamsi n’a plus de nouvelles de l’équipe de la bibliothèque depuis la destruction du centre. Des recherches sont en cours.
Témoignage
Ce témoignage a été publié sur facebook par Haifa Al-Borai, usagère de la bibliothèque [8].
Sous le ciel de Gaza, qui nous a donné autant d’amour, de lumière et de souvenirs qu’il nous a apporté de guerre et de souffrances, là, rue al-Jawazat, près du carrefour al-Ittiṣalāt, se dressait la librairie Al-Thaqāfa wa-l-Nūr telle un phare. Ce n’était pas un lieu connu de tous, mais plutôt un secret et un trésor précieux que découvraient ceux qui cherchaient la lumière dans l’obscurité de la ville.
Là, parmi les étagères remplies de livres, notre vie avait un sens. Là, parmi les étagères remplies de livres, Suzy et George travaillaient avec amour et passion, remplissant l’endroit de leur présence aimable et de leur gentillesse. Nous formions une famille et la bibliothèque était comme notre deuxième maison.
Je me souviens de la première fois où le directeur du centre nous a accueillis avec amour dans son bureau. Il nous a parlé de l’histoire de la bibliothèque, nous avons discuté de la vie et de la foi, il nous a accueillis comme ses propres enfants. Puis Georges nous a emmenés voir la petite chapelle au troisième étage après que nous ayons parlé des églises et de leurs différents types…
La simplicité et la spiritualité des lieux vous touchent dès la première visite, si bien qu’une journée sans aller à la bibliothèque devient une journée lourde et ennuyeuse. Que peut-on demander de plus à la vie quand on est accueilli dans un lieu qui est comme un foyer ? Un lieu où l’on retrouve la famille, les amis, la musique, un jardin, la passion et l’amour.
Le Centre Culture et Lumière. Œuvre créée par Bonnefrite. Juin 2026.
Que peut-on demander de plus ? Nous avons partagé le savoir et les idées, les rires et les chuchotements, la nourriture et les boissons.
Nous préparions les pâtisseries de la fête de la Sainte-Barbara dans la bibliothèque et nous les dégustions ensemble, tandis que Teta Ilham nous jouait des cantiques ; nous partagions les gâteaux et les maamouls à l’Aïd al-Fitr et à l’Aïd al-Adha et nous élevions ensemble les takbirs ; nous décorions le sapin de Noël et fêtions le Nouvel An ensemble ; nous partagions la joie et l’amour ensemble.
Chaque mardi, Teta Ilham venait nous rendre visite avec une nouvelle liste de chansons. Nous laissions aussitôt de côté nos études, nos cours et nos examens pour nous rassembler autour du piano et chanter ensemble.
Tu t’en souviens encore, Saïd ? Depuis combien de temps sommes-nous ici, Maram ? Et comment allons-nous nous tenir devant ces ruines et te pleurer, ô Malak !
Nous chantions pour nos mamans et pour notre patrie ; on nous offrait un morceau de musique à l’occasion de chacun de nos anniversaire, et on se réunissait autour de l’amour pour les voix d’Oum Kalthoum et de Fairuz. Il n’y avait pas une seule session musicale sans qu’on chante un extrait de leurs chansons.
Ilham Hanna, ou comme nous l’appelions « Teta Ilham : mamie Ilham », nous a comblés d’amour, de sagesse et d’inspiration. Elle nous a exhortés à la vie et à la liberté autant qu’elle le pouvait. On ne peut pas évoquer la bibliothèque sans parler de tonton Boulos. Il suffisait de lui dire qu’on en avait marre des études pour qu’il prépare aussitôt deux tasses de café et se mette à raconter des histoires sans fin, qu’il insiste pour qu’on partage son déjeuner avec lui et qu’il nous charge de bonbons et de fruits au moment de partir.
Ils ne nous ont rien laissé de la ville, pas plus qu’ils ne nous ont laissé la bibliothèque : l’endroit a été détruit par les obus et les incendies.
Teta Ilham et nos camarades Malak Mansour, Bilal Aql et Mohammed Qariq ont été tués ; les habitués de la bibliothèque se sont dispersés entre le nord et le sud de la bande de Gaza, entre ceux qui ont été tués et ceux qui ont survécu en fuyant hors de la ville.
Immortelle, immortelle tant que nous vivons, la bibliothèque du centre pour la culture et la lumière ! »
Préservation, sauvegarde, restauration
A l’heure actuelle, aucune rénovation du site et des collections n’est prévue.
Piano contre une fenêtre de la bibliothèque.
Facebook, Al-borai, H., 9 août 2024, Sous le ciel de Gaza, ..., la bibliothèque de la culture et de la lumière résidait comme un phare.
Informations techniques
Numéro de fiche :
28
Lien avec d’autres fiches :
19-Bibliothèque municipale de Rafah
20 Bibliothèque Diana Tamari du centre Rashed al-Shawa
22 Bibliothèque du centre culturel Holst
24 Bibliothèque Edward Said
25 Bibliothèque de l’institut Canaan
32 Bibliothèque du centre culturel al-Qattan
48 Bibliothèque de l’association ḤAYDAR ʿABDAL-SHĀFĪ
50 Bibliothèque du centre al-Sununu
73 Bibliothèque du centre al-Shabab
88- Bibliothèque du centre orthodoxe de Gaza
Typologie :
Bibliothèque associative
Auteurice(s) :
Haneene Alamsi, Dominique Dupart, Mariem Guellouz, Marie Muracciole, Philippe Rekacewicz, Nicole B, et Sh**
Date de création de la fiche :
28/06/2025
Date(s) de mise-à-jour :
04/10/2025, 28/02/2026
Œuvre créée par Alaa Aljaabari.
Alaa Aljaabari est une artiste visuelle qui réside à Gaza. Elle utilise le dessin et la narration visuelle comme geste mémoriel et sensoriel dans le cadre d’un contexte humain très complexe. Elle considère l’art comme un moyen d’archivage vivant, une possibilité de réparation ainsi qu’une voix pour dire l’indicible.
Références :
Sources écrites :
Wikipedia. « مركز الثقافة والنور (غزة) - ويكيبيديا ».
Bibliothèque du Centre pour la Culture et la Lumière, « le ciel pleut, l’espoir pleut avec », 7 février 2023.
Sahwil, Fatima Zahra. « Bibliothèques de Gaza : un parcours de construction et de destruction », Facebook.
« مكتبات غزة : رحلة البناء والتدمير ». Institute for Palestine Studies, 13 février 2025.
Center of Culture and Light - Public Library, « Documenting the destrution of the cultural sector in the Gaza strip », Institute For Palestine Studies.
Al-Borai, H., « Sous le ciel de Gaza, la bibliothèque de la culture et de la lumière résidait comme un phare », Facebook, 9 août2024.
Sources iconographiques et audiovisuelles :
Palestine TV, Programme « des bibliothèques chargées d’histoire » : la bibliothèque du Centre pour la culture et la lumière éclaire la voie vers le savoir, la connaissance et l’histoire à Gaza, 2023. برنامج مكتبات لها تاريخ وهو “مركز الثقافة والنور”هي مكتبة تنير الطريق للعلم |والمعرفة والتاريخ في غزة |
Al-Borai, H. (2024, 9 août). Sous le ciel de Gaza, ..., la bibliothèque de la culture et de la lumière résidait comme un phare, Facebook.
Communication personnelle :
Haneene Alamsi, entretien téléphonique avec Mariem Guellouz, juin 2025,
Pour citer cet article :
Dominique Dupart, Mariem Guellouz, Marie Muracciole, Philippe Rekacewicz & Collectif Reading in Gaza (10 juin 2026 ; mis à jour le10 juin 2026). n° 28 — Bibliothèque du Centre « Culture et Lumière » مكتبة مركز الثقافة والنور. Reading in Gaza. Consulté le [date] sur https://www.visionscarto.net/ecrire/?exec=article&id_article=1119