Le café Al-Baqa, situé en bord de mer sur la rue Al-Rashid, près du rond-point Al-Mina et du port de Gaza, était un lieu de sociabilité important. Fondé en 2002 par deux frères, Marwan (ou Maher) et Saher Al-Baqa, il était fréquenté par des gens ordinaires composant un public varié : familles, étudiants, journalistes, artistes, travailleurs humanitaires, amoureux et intellectuels. Le 30 juin 2025, à 15 heures exactement, à une heure d’affluence, le café a été intégralement détruit — sans avertissement préalable — par une bombe de 230 kg. Plus qu’un simple café de bord de mer, c’était un espace de rencontre, de travail, de discussion et de respiration dans la vie quotidienne gazaouie. Après le 7 octobre 2023, malgré les destructions et la dégradation des conditions de vie à Gaza, le café a continué à fonctionner par intermittence. Il offrait un accès à internet et un lieu de rassemblement pour des personnes déplacées, des étudiants, des journalistes et des travailleurs à distance.
Le bombardement du 30 juin 2025 a fait 41 morts et 75 blessés. Parmi les victimes figuraient des enfants, le co-fondateur du café Saher-al-Baqa, 11 membres du personnel du café, des étudiants, des artistes et des journalistes. Le café ne se situait pas dans une zone concernée par un ordre d’évacuation de l’armée israélienne. Le 12 juin 2025, 15 jours avant, l’Assemblée générale des Nations Unies avait adopté à une très large majorité un texte demandant un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent dans la bande de Gaza.
État des lieux avant le 7 octobre 2023 : état des collections, des fonds et des équipements.
Date de création et historique
Certaines informations de cette fiche ont été collectées dans le texte « Le Massacre Al-Baqa : un café qui n’a pas été bu et du sang qui n’a pas séché », de Nour Abu Rukba, publié par l’Institut des études palestiniennes en 2025.
Vue extérieure du café
Alexandre Horn & Karim El Hadj, 2025
Le café Al-Baqa, créé en 2002, se situait au bord de la mer Méditerranée. Il était aménagé dans une structure en bois à deux niveaux, meublé de chaises en plastique, avec des balcons ouverts et ombragés par des parasols qui surplombaient la Méditerranée (Amer 2025b). Le café comportait une partie sur pilotis, au-dessus de l’eau (Tel Quel 2025). L’espace comprenait des terrasses couvertes ou en plein air, qui permettaient aux personnes installées en terrasse de se protéger du soleil tout en profitant de la vue surplombant la mer. Des écrans de télévision permettaient de suivre les matchs de foot internationaux, annoncés sur le compte Instagram du café (Café Al Baqa). C’était toujours un moment de convivialité.
La café était organisé en en deux espaces : l’un réservé aux hommes, l’autre mixte, fréquenté notamment par les familles et les amoureux.
Selon Sara Awad, une journaliste et écrivaine basée à Gaza : « Le café avait une ambiance vintage, des tables en bois, des chaises, un sol en bois - un endroit confortable, qui aspirait à toucher le rivage. Les colonnes de bois semblaient effleurer l’eau. L’atmosphère y était chaleureuse, on pouvait la respirer, forte de nombreux de souvenirs » (Awad 2025).
Vue surplombante depuis la terrasse du café, permettant de voir ses deux niveaux.
Café Al Baqa, 2021a.
Terrasse intérieure du café
Café Al Baqa, 2023
La vie du café avant le 7 octobre
Le café Al-Baqa était un lieu de rencontre important à Gaza, fréquenté par des artistes, écrivains, étudiants, journalistes et sportifs de haut niveau, ainsi que par des professionnels issus de divers horizons (Abou Zacri 2025 ; Le Parisien & AFP 2025). Réputé et très fréquenté, c’était un espace de sociabilité, d’échange et de création.
Selon la journaliste française Pauline Gabinari (2025), « on déclamait de la poésie, on refaisait le monde et on s’y sentait libre. » Avant la guerre et la dégradation de la situation économique, la création reposait largement sur l’oralité dans des cafés comme dans la Gaza Gallery, où les auteurs se retrouvaient pour lire, échanger et débattre.
Les témoignages des propriétaires confirment cette diversité d’usage. Marwan al-Baqa, copropriétaire des lieux, raconte : « Les étudiants venaient y préparer leurs examens, les familles pour profiter de la vue en buvant une tasse de café » (Abu Rokba 2025). Le public était hétéroclite, et comprenait aussi les quelques rares étrangers autorisés à entrer dans la bande de Gaza sous blocus israélien (Tel Quel, 2025). Les habitués du café étaient variés selon Maher al-Baqa, copropriétaire des lieux : « des jeunes intellectuels, des journalistes, des artistes, des médecins, des ingénieurs… » (Le Parisien & AFP, 2025).
L’activité du café est également documentée par son compte Instagram (@albaqa.cofe), qui témoigne de son ambiance chaleureuse et de son ancrage dans la vie quotidienne. On y observe une offre variée de boissons et de sucreries : jus d’orange, thé, café, sodas, smoothies, crêpes et pancakes, ainsi que la présence d’appareils à chicha, notamment en hiver. Ces éléments confirment la fonction du café comme espace de détente et de sociabilité.
Témoignages sur le lieu avant la guerre
terrasse sur le toit du café, qui donne sur la mer
Café Al Baqa, 2021b
Plusieurs témoignages soulignent de l’importance du café à Gaza :
Maryam Al-Akhras, 28 ans, originaire de la ville de Gaza : « C’est le seul endroit que j’aimais à Gaza », a-t-elle confié. « Depuis mon enfance, j’y allais chaque week-end avec mes camarades d’école. Ils nous laissaient même apporter de la nourriture de l’extérieur si on le voulait. Puis, au lycée, chaque fois que j’étais stressée par les études, j’y allais seule, m’asseoir à une table au bord de la mer. À l’université, nous y fêtions nos anniversaires et d’autres moments heureux » (Amer 2025b).
Mohammed Abushammala, 25 ans, qui travaillait comme coordinateur de terrain avec l’Association pour la Protection des Femmes et des Enfants : « Ce café était un endroit sacré pour moi avant la guerre, et je considérais ses clients comme ma famille car on se rejoignait tous à une même table, reliés ensemble par des liens communs du travail et de la vie quotidienne. Nous étions journalistes, artistes, et des gens travaillant dans les domaines humanitaire et communautaire à Gaza. » (Abu Rokba 2025).
The Slow Factory, 2025
La vie du café après le 7 octobre
Alors que la guerre fait rage et que la vie semble s’être arrêtée à Gaza, le café Al-Baqa a fait partie des rares espaces à demeurer ouverts. Le gérant du café a expliqué que son objectif était « d’offrir aux habitants de Gaza un lieu où se détendre, ainsi qu’à ceux qui souhaitent étudier mais qui n’ont ni électricité ni internet » (Barakat 2025). Le café permettait aux gens de se retrouver, de partager un moment de répit malgré un environnement marqué par les destructions (Le Borgne 2025).
Les conditions se sont toutefois fortement dégradées. Depuis le début de la guerre, l’approvisionnement en denrées était très limité voire nulle. Des épisodes sévères de famine se succédaient et se succèdent toujours dans la bande de Gaza. Les cuisines du café étaient fermées. Il restait néanmoins possible d’y consommer des boissons, malgré la poursuite des destructions (AFP 2025).
Grâce à sa connexion internet, le café constituait également un lieu essentiel de refuge pour les étudiants, les journalistes, les travailleurs à distance et les artistes (Amer 2025b). Il jouait un rôle de lieu de rencontre et de travail, dans un contexte de forte contrainte. Les témoignages disponibles le décrivent comme un endroit permettant de maintenir de manière ponctuelle des formes de vie sociale, culturelle et intellectuelle, malgré les conditions de guerre (Amer 2025b).
Chronologie et état des destructions
Dates de destruction ou dommages
Première destruction
Selon un article du journal Le Monde, le café avait été « récemment ouvert après des bombardements antérieurs » et avait « été partiellement détruit par des frappes israéliennes » (Sader 2025a). Yacoub al Baqa, le troisième frère, confirme que le premier bombardement aérien a ciblé le café le 30 juin 2024 (Entretien téléphonique d’Ahmad Ashour avec Yacoub Al Baqa le 25/04/2026).
Le café avait rouvert ses portes début 2025 (Sader 2025a). Plusieurs sources indiquent qu’il a été endommagé et réparé à plusieurs reprises. Une publication datée du 24 janvier 2024 suggère qu’il était déjà partiellement détruit à cette date (Abusultan 2024). Le café avait rouvert et disposait à nouveau d’une connexion internet en juin 2025, permettant d’attirer à nouveau sa clientèle d’avant-guerre (AFP 2025).
Deuxième destruction
Le café a été bombardé le 30 juin 2025 à 15 h (Abu Rokba 2025 ; Barakat, 2025).
Description des destructions ou dommages
Le 30 juin 2025, le café Al-Baqa est entièrement détruit par le bombardement.
Selon une analyse du journal britannique The Guardian, l’armée israélienne a largué, sans avertissement, une bombe de 230 kg sur le café, creusant un immense cratère dans le sol et réduisant le lieu en poussière (Burke & Tantesh E. 2025). L’énorme déflagration a projeté des débris dans un grand périmètre. Une grande partie du restaurant et sa terrasse ont été litérallement soufflé (Burke & Tantesh E. 2025).
Des Gazaouis dans les ruines du café après sa destruction
Omar el Qaata, Agence Média Palestine, dans Ruwaida Amer, 2025
L’analyse du Guardian indique qu’il s’agit d’une munition de type « MK-82 », un matériel américain largement utilisé dans les opérations militaires ces dernières décennies (Burke & Tantesh E. 2025). L’usage d’une telle arme dans un contexte civil est un crime de guerre (Goldman 2023). Selon Gerry Simpson (Human Rights Watch) : « L’armée devrait savoir qu’utiliser une grosse bombe téléguidée par avion tuerait et mutilerait beaucoup de civils ici. L’usage d’une arme aussi importante dans un café évidemment bondé risque d’être une attaque disproportionnée et illégale, et devrait être enquêté comme un crime de guerre » (Burke & Tantesh E. 2025).
The Guardian appuie ses propos en ajoutant qu’Israël dispose d’un large éventail de munitions et a souvent eu recours à des armes de bien plus petite taille pour mener des bombardements de précision contre des individus à Gaza, au Liban et lors de sa récente offensive aérienne en Iran.
Photographie du Café après le bombardement avec une bombe de 230 kg
Nour Abu Rokba, 2025.
Cratère provoqué par l’explosion de la bombe
Saher Alghorra (@saher_alghorra)
Des photographies diffusées après l’attaque révèlent que les infrastructures sont entièrement détruites (Sader 2025a).
Selon L’Orient Le Jour, le café Al-Baqa ne se situait pas dans les zones faisant l’objet d’un ordre d’évacuation émis par l’armée israélienne (L’Orient-Le Jour 2025).
Le 12 juin 2025, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution exigeant un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent à Gaza (Nations unies 2026). Mais aucun accord effectif n’a été conclu, Israël se refusant à un arrêt définitif des combats (Courrier international 2025).
Témoignages après la destruction du café
Plusieurs témoignages soulignent l’importance de l’impact de la destruction du café, tant sur le plan humain que symbolique :
Enasse Sultan, poétesse : Ce carnage est le témoignage d’une guerre qui s’attaque aussi à la mémoire, à nos souvenirs, à nos lieux, à notre poésie. C’est une intention délibérée d’effacer toute âme culturelle à Gaza. » (Gabinari 2025).
Abdallah Karam Seyam, originaire de la ville de Gaza, a expliqué ce que le café représentait pour lui. « Al-Baqa n’était pas seulement un lieu », écrit-il. « C’était un petit refuge où l’on riait, où l’on se réunissait avec ma famille et mes amis. Nous y avons caché des morceaux de notre vie, passé de longues nuits et vécu des moments qui ne se reproduiront plus jamais. » (Amer 2025b).
Le sol du café après le bombardement, où des cartes se mélangent avec les débris et le sang
AP Photo ; Express Web Desk, 2025
Personnel
Le café était géré par Marwan et Saher Al-Baqa, fondateurs et copropriétaires du café (Abu Rokba 2025), ainsi que par un troisième frère, Yacoub Al-Baqa (Entretien téléphonique d’Ahmad Ashour avec Yacoub Al-Baqa le 25/04/2026).
Le personnel comprenait :
Said Ahel, manager du café, ainsi qu’au moins 16 autres personnes, (Khadder & Kent 2025) dont :
Ismail al-Jaja, serveur (Abu Rokba 2025)
Mustafa Abu Umayra surnommé “Hummus”, un jeune employé (Abu Rokba 2025)
Atif, employé du café (Abu Rokba 2025)
Walid, employé du café (Abu Rokba 2025)
La situation alimentaire à Gaza
Le ciblage meurtrier d’infrastructures de restauration
La destruction du café Al-Baqa peut être replacée dans un contexte plus large de volonté manifeste de l’armée israélienne de cibler des espaces et des infrastructures de restauration dans la bande de Gaza.
Le 7 mai 2025, deux bombardements ont ciblé le « Thai Restaurant » ou « Thailandy », dernier restaurant encore ouvert de la ville de Gaza, en pleine heure de pointe (AJ+ 2025). Ces bombardements ont été menés par un drone de reconnaissance.
Simultanément, le même jour, un troisième bombardement a touché le marché de la rue al-Wahda. Les deux missiles ont été tirés en même temps, à 100 m l’un de l’autre (News Agencies 2025). Ce bombardement a tué 33 personnes et en a blessé 90 autres (Abu Jalal 2025). Parmi les morts, le journaliste Yahya Sobeih qui venait de célébrer la naissance de sa fille sur les réseaux sociaux le jour même (Sader 2025b).
Ces destructions interviennent dans un contexte de famine croissante à Gaza. Au troisième mois environ de la fermeture de tous les passages par Israël, 60 000 enfants sont mal nourris à Gaza et nécessitent un traitement d’urgence (Barrows-Friedman 2025). Dans l’article de Chronique de Palestine datant du 8 mai 2025, l’épuisement des réserves alimentaires est décrite en ces termes : “Les réserves de farine sont épuisées. Les entrepôts alimentaires sont vides. La plupart des cuisines caritatives ont fermé leurs portes faute de produits de base, comme les haricots et le riz (Abu Jalal 2025).”
Plusieurs analyses, notamment de France 24, soulignent que des vidéos de restaurants encore actifs publiés sur Instagram par des acteurs médiatiques ont pu être utilisées hors contexte pour minimiser la situation de famine (Les Observateurs-France 24 2025).
Les restaurants encore ouverts, alors que la guerre fait rage, fonctionnaient dans des conditions très dégradées : graves pénuries d’approvisionnement en fonction des renforcements du blocus au niveau des points de passage, dépendance au marché noir et prix élevés, accès limité à l’électricité, au carburant et aux équipements. De plus, les gens demeurant encore à Gaza se retrouvent dans une situation économique difficile, n’ont que très peu de moyens, et ne peuvent plus acheter de la nourriture. La journaliste de France 24 suggère que ces images peuvent en réalité avoir été tournées à d’autres moments, et réutilisées pour pervertir la réalité.
Raji Sourani, directeur exécutif du Centre palestinien pour les Droits Humains, propose une toute autre version que ce narratif israëlien : « Les bombardements israéliens visent les boulangeries, qui constituent la principale source de nourriture pour les habitants de la région. De nombreux supermarchés, restaurants et boulangeries dépendent de panneaux solaires, qui sont également visés et détruits. Par conséquent, les restaurants qui préparent des plats préparés n’ont pas d’électricité, ce qui les empêche de préparer ou de vendre de la nourriture. Nos réserves alimentaires limitées, comme le thon en conserve, auront bientôt disparu. » (Sourani 2023)
Enfin, à Gaza, il existait également des cuisines de rues, appelées « takiyas » (تكيات) . Celles-ci permettaient aux Gazaouis de se nourrir gratuitement. Mais ces cuisines sont aussi victimes du blocus israélien. En avril 2025, un million de Gazaouis pouvaient en profiter. Fin mai, seulement 300 000 personnes ont pu en bénéficier (Monin 2025b).
Le ciblage des espaces de distribution alimentaire
Des incidents meurtriers ont également été documentés sur les points de distribution d’aide humanitaire alimentaire.
Entre mai et juin 2025, plusieurs sources rapportent des tirs ou des attaques ayant fait des morts et des blessés parmi des personnes venues chercher de l’aide alimentaire :
Le 10 mai 2025, Israël bombarde le bâtiment de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) dans le camp de réfugiés de Jabaliya. Cette attaque cause la destruction d’un centre de distribution alimentaire, censé être protégé par son statut d’appartenance aux Nations Unies.
Le 27 mai 2025, des chars israéliens ouvrent le feu sur la foule dans un centre de distribution à Tel al-Sultan. Cette attaque cause la mort de 10 personnes et en blesse 62 autres (Al Jazeera 2025).
Le 31 mai 2025, 17 Palestiniens sont tués en tentant d’atteindre le centre de distribution d’aide. 86 autres sont blessés (Alioglu & Abu Shamala, 2025).
Le dimanche 1er juin 2025, l’armée israélienne a tué 31 personnes et en a blessé 176 autres en ouvrant le feu à proximité d’un centre de distribution alimentaire du gouvernorat de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza (Caron 2025).
Le 3 juin 2025, 27 civils ont été tués et 161 autres blessés après que l’armée israélienne leur ait tiré dessus car les individus “avaient quitté les voies d’accès désignées près du centre de distribution de Rafah” (Shih et al. 2025).
Le 11 juin 2025, 25 personnes ont été tuées près d’un centre de distribution alimentaire de la GHF (Usher & Gritten 2025).
Toutes ces points de distributions alimentaires étaient gérés par la Gaza Humanitarian Foundation (GHF).
Le 16 juin, 23 personnes venues bénéficier de l’aide humanitaire ont été tuées, et 200 autres ont été blessées près des sites de Rafah (Al Mughrabi et al. 2025).
Selon un article du Monde datant du 17 juin 2025, le ministère de la santé gazaoui a annoncé que 300 personnes ont été tuées près des centres de distribution. L’armée israélienne tente de justifier les tirs sur des civils en disant qu’ils présenteraient une menace pour les soldats (Monin 2025a).
Lundi 30 juin 2025, 15 Palestiniens ont été tués alors qu’ils attendaient à proximité d’un point de distribution alimentaire de la Gaza Humanitarian Foundation. 50 personnes ont été blessées (Agence Média Palestine 2025).
Selon l’Organisation mondiale de la santé, en 2025, 10% des habitants de Gaza souffrent de malnutrition aiguë. En juillet 2025, l’OMS a également publié de nouveaux chiffres. Uniquement sur le mois de juillet, 63 décès auraient été causés par la malnutrition, dont ceux de 24 enfants (Le Monde 2025).
L’organisme américain principalement responsable de la logistique de ces sites de distribution, la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), attire de nombreuses critiques du fait de ces épisodes sanglants dans des moments qui devraient être pacifiques. Des observateurs critiquent sa neutralité de surface et parlent de « piège mortel » (TF1info & AFP 2025).
Témoignages issu du communiqué de presse de Médecins sans Frontières du 27 juin 2025 (Médecins sans frontières 2025) :
N’ayant plus rien à manger dans la tente qu’il partage avec sa famille, Ashraf, 17 ans, s’est rendu sur un site de distribution le 23 juin. « Je lui ai dit que c’était trop dangereux. Il a dit qu’il voulait récupérer quelque chose à manger pour sa sœur », raconte Hanan, la mère d’Ashraf. « Trente minutes plus tard, il m’a appelée en criant à l’aide. On lui avait tiré dessus. Cette « aide » est entachée de sang. »
« Les quatre sites de distribution, tous situés dans des zones entièrement contrôlées par les forces israéliennes après que les habitants en ont été déplacés de force, ont la taille d’un terrain de football et sont entourés de postes d’observation, de talus de terre et de barbelés. Leur entrée clôturée ne permet qu’un seul point d’accès », explique Aitor Zabalgogeazkoa, coordinateur des urgences de MSF à Gaza. « Les travailleurs de GHF déposent les palettes et les caisses de nourriture et ouvrent les clôtures avant de laisser des milliers de personnes entrer en même temps pour se battre jusqu’au dernier grain de riz. »
Le problème posé par la Gaza Humanitarian Foundation (GHF)
La GHF, organisme privé américain opérant avec le soutien du gouvernement israélien, fait l’objet de nombreuses critiques. Les enquêtes de plusieurs organisations (ONU & ONG régionales) et des observateurs dénoncent un dispositif de distribution non-neutre, très militarisé, géographiquement restrictif et dangereux pour les populations civiles (Caron 2025). Médecins sans frontières a notamment qualifié ce mécanismes de distribution « meurtrier » et demandé son arrêt immédiat (Médecins sans frontières 2025).
La GHF a fait en sorte, grâce au soutien de l’État hébreu, d’être le principal (et seul) distributeur d’aide de la bande de Gaza. Elle en possède aujourd’hui le monopole et ses méthodes sont très critiquées : Elle ne vise que certaines zones, excluant des milliers de personnes de l’aide alimentaire, et elle refuse tout principe de neutralité en s’alliant clairement avec des sociétés militaires privées et l’armée. Par ailleurs, la mise en place des files d’attentes compactes de Gazaouis qui patientent pour obtenir un peu de nourriture a montré la violence de l’armée israélienne qui entend avoir le plein contrôle de ces populations affamées dans la bande de Gaza (Caron 2025).
Bien qu’étant supposément une organisation humanitaire qui distribue de la nourriture aux Gazaouis, la GHF s’est révélée surtout être une alliée du gouvernement israélien.
Ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une intentions systématique de ciblage des infrastructures alimentaires, mais documentent des actions récurrentes : des lieux liés à l’alimentation, à la restauration à la sociabilité ou à l’aide humanitaire sont systématiquement ciblés dans un contexte de famine, de pénurie et de dépendance accrue des civils.
Victimes répertoriées lors du bombardement du café Al-Baqa [Liste non-exhaustive]
Le manager du café, Saïd Ahel, indique que le bombardement du café a tué 11 employés et a blessé 5 membres du personnel (Khadder & Kent 2025). Selon la direction de l’hôpital Al-Shifa, le bombardement a fait 41 morts et 75 blessés Asma Barakat, 2025).
Parmi les victimes identifiés figurent :
Saher-al-Baqa, le cofondateur du café (Amer 2025a)
Atef al-Baqa, employé du café
Ismail Abou Hatab, photojournaliste : Il fréquentait assidûment le café pour la rapidité de sa connexion internet. En novembre 2023, il avait été gravement blessé par le bombardement des bureaux du Palestinian Media Group, situés dans la tour Al-Ghifari (Amer 2025b).
Amina “Frans” Al-Salmi, 35 ans, dessinatrice, muraliste et illustratrice : elle a laissé sa trace dans les librairies, les cafés et les centres culturels de Gaza. Elle est sortie première de sa promotion à l’école d’art de l’université Al-Aqsa (Sader, 2025)
Malak Mesleh, 19 ans, boxeuse et étudiante en journalisme : : elle a bravé les préjugés d’une société conservatrice pour gagner le premier championnat féminin organisé à Gaza. Elle avait été sélectionnée dans l’équipe nationale palestinienne (Sader 2025)
Mustafa Abu Amira, footballeur défenseur dans le club de la ville de Gaza et éducateur football dans un camp de réfugié(e)s (Association France Palestine Solidarité 2025)
Mohammed Abou Awda, 25 ans, ingénieur informatique : il était tout juste arrivé dans la ville de Gaza afin que sa femme puisse accoucher auprès de sa famille. Il était convaincu qu’il pouvait continuer à travailler depuis l’enclave en guerre et a conservé cette détermination. Sa fille est venue au monde 8 jours après sa mort (Association France Palestine Solidarité 2025)
Omar Zeno, créateur de contenu : son compte Instagram était suivi par plus de 230 000 personnes. Plusieurs médias palestiniens le décrivent comme un activiste social (Le Borgne 2025)
Nassim Mohammed Abu Sabha, jeune ingénieur spécialisé en développement d’interfaces numériques et d’applications mobile
Mohammed Abu Odeh, tout récemment diplômé d’informatique et également spécialiste du développement de logiciel (Le Borgne 2025)
Sama Abu Namous, étudiante qui se préparait aux examens du secondaire (Khadder & Kent 2025)
Parmi les personnes tuées se trouvaient également des enfants participant à une fête d’anniversaire, des employés du café et plusieurs étudiants (Barakat 2025).
Naseem Sabha, 28 ans (Skaik & Salha 2025)
Nour al-Huda al-Husari, 35 ans et sa fille (Burke & Tantesh MA 2025).
Hisham Mansour, le fils d’un ancien commandant des brigades du Hamas, Ayman Mansour, tué en 2023, figure également parmi les victimes d’Al-Baqa. Son fils pourrait avoir été la cible du bombardement israélien sur le café mais sans certitude (Le Borgne 2025). La liste des victimes comprend d’autres personnes qui portent le nom de famille « Mansour », donc apparentés. Les sources consultées ne permettent pas d’établir de manière sûre son lien avec le Hamas ni de confirmer les éléments avancés par l’armée israélenne pour justifier l’attaque (Le Borgne 2025 ; NOS News 2025). Pour justifier cette attaque sanglante, l’armée israélienne a déclaré qu’il y a eu « une tentative de réduire le risque de victimes civiles en prenant des images aériennes ». Cette attaque a fait 42 victilmes (NOS News 2025).
Capture d’écran d’une publication instagram datant du 1er juillet 2025 du compte du café Al-Baqa (@albaqa.cofe) faisant la liste des morts suite au bombardement
Café Al Baqa, 2025
Témoignages de personnes présentes ou proches du café lors de son bombardement
Plusieurs témoins décrivent une scène de grande violence immédiatement après le bombardement :
Ahmed al-Nayrab, 26 ans, présent sur une plage proche a entendu une énorme explosion. « C’était un massacre. J’ai vu des morceaux de corps voler partout, des cadavres déchiquetés et brûlés. Une scène à glacer le sang. Tout le monde criait » (Barnaud & AFP 2025).
« Juste au moment où j’étais à proximité et que je revenais, un missile a frappé. Des éclats d’obus ont volé partout, et l’endroit s’est rempli de fumée et d’une odeur de poudre. Je ne voyais plus rien. J’ai couru vers le café et je l’ai trouvé détruit. Je suis entré et j’ai vu des corps étendus au sol. Tous les employés du café avaient été tués. » (Barnaud & AFP 2025).
Abu al-Nour, 60 ans, raconte auprès du Guardian être sorti du café pour aller chercher un déjeuner lorsque l’attaque s’est produite.
Aziz Al-Afifi, caméraman pour une société de production locale raconte : J’étais en route vers le café pour utiliser internet, à seulement quelques mètres, quand une énorme explosion a retenti », raconte-t-il à la BBC. « J’ai couru sur les lieux. Mes collègues étaient là, des gens que je vois tous les jours. La scène était horrible : des corps, du sang, des cris partout » (Barnaud & AFP 2025).
Ahmad Bakr, employé dans un café adjacent et joint par Le Monde, affirme que les victimes sont « des civils, il n’y a pas de combattants ici. Ce sont juste des gens sortis de leur tente pour s’offrir un moment de respiration. La mort nous poursuit partout. » ( Barnaud & AFP 2025).
Majd Abo Alouf, journaliste présent sur place lors de l’attaque, a filmé les conséquences du bombardement. Il décrit une grosse explosion importante et une scène de destruction extrême à l’intérieur du café : « Alors que j’étais aux alentours du café, j’ai entendu une énorme explosion qui a secoué la zone. Les missiles lancés par l’occupation [israélienne] sur le lieu ont produit un très gros cratère. Je suis rentré, et j’ai vu les corps au sol dans le hall.. des personnes, sans tête, sans jambe, sans mains... » (Les Observateurs et al. 2025).
Tous ces témoignages sont issus de l’article du Huffington Post intitulé “À Gaza, une attaque sur un café d’intellectuels fait plusieurs morts, Israël « examine » la frappe”. L’article est daté du 1er juillet 2025.
Préservation, sauvegarde, restauration :
Section encore non-renseignée
Rénovation du site/sauvegarde des collections ou fonds antérieures ou en cours au 7 octobre 2023 :
Section encore non-renseignée
Interventions d’urgence durant la guerre :
Section encore non-renseignée
Programme de restauration/reconstruction possible :
Section encore non-renseignée
Un jour comme les autres au café Al-Baqa
Artwork : Shahd Alshamaly, dessin digital créé sur Procreate, en noir et blanc, avec dessin au trait et ombrages avec des nuances de gris
J’ai créé trois dessins sur des lieu spécifiques de Gaza qui existaient avent le début du génocide.
Le premier dessin représente la façade de la librairie Samir Mansour, un des lieux culturels les plus emblématiques de Gaza, lequeka été complètement détruit.
Le second dessin montre un jour comme les autres au café Al-Baqa, un endroit qui n’était pas seulement un café mais une plaque tournante culturelle et artistique reflétant la vie sociale à Gaza, dans lequel j’ai perdu plusieurs amis lorsqu’il a été bombardé.
Le troisième dépeint le nouveau bâtiment de l’université Al-Azhar à Al-Mughraqa, où j’ai étudié les droits humains, rendant compte de sa forme initiale avant qu’il soit entièrement détruit par les forces d’occupation israéliennes.
— Shahd Alshamaly (Instagram : @shahdalshamaly).
Shahd Alshamaly est une artiste visuelle expérimentale et dessinatrice de bandes dessinées originaire de Gaza, vivant aujourd’hui à Berlin. Son expérience comprend la bande-dessinée, le storytelling visuel, l’animation et les affiches politiques, utilisant le dessin comme une forme de témoignage et de préservation de la mémoire. Son œuvre rend compte d’expériences personnelles et collectives de déplacement, perte et survie, établissant un lien entre le politique et le personnel par le biais de témoignages vécus. Elle travaille actuellement au développement de sa bande-dessinée Under Occupation, Above Hope, et a récemment produit le court-métrage All Faces Smile at Me with Strange Eyes durant un séjour en France.
Abusultan 2024
Bayan Abusultan [@bayanpalestine]. (2024, 24 janvier). I was planing to celebrate my birthday this year with my friends at my favorite cafe by the beach. [Vidéo]. Instagram.
AJ+ 2025 AJ+ français [@ajplusfrancais]. (2025, 8 mai). À Gaza, au moins 92 Palestinien·nes ont été tué·es en une seule journée dans des bombardements israéliens. Parmi les endroits [Vidéo]. Instagram.
Observateurs-France 24 2025
Les Observateurs-France 24 [@observateursf24]. (2025, 7 août). Depuis plusieurs semaines, le compte pro-israélien Gazawood affirme que la famine à Gaza serait une mise en scène. Pour appuyer [Vidéo]. Instagram.
Observateurs-France 24, Belayachi, Gallo, Derre & Chaigne 2025
Les Observateurs-France 24, Djamel Belayachi, Nathan Gallo, Mellit Derre, & Thaïs Chaigne. (2025, juillet 3). Gaza : dans les décombres d’un café bombardé par Israël..
The Slow Factory 2025
The Slow Factory [@theslowfactory]. (2025, 30 juin). Responding in real time : An hour ago, Al-Baqa Cafe was targeted by Israel’s ruthless genocidal occupation killing [Photographie]. Instagram.
Translating Palestine 2025
Translating Palestine فلسطين [@translating_falasteen]. (2025, 7 mai). In two new massacres, Israeli occupation forces killed at least 30 civilians and injured many others today in Gaza City [Vidéo]. Instagram.