À propos du projet « Écologies incarnées »

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11 février 2024

 

Le projet « Écologies incarnées » est une grande enquête collaborative qui explore la manière dont le corps humain interagit dans la vie quotidienne avec une multiplicité de produits toxiques, et comment les gens perçoivent, comprennent cette exposition, et enfin, agissent pour tenter de la réduire, compte tenu du fait que nous vivons dans un monde inégalement pollué.

par Tait Mandler

Anthropologue, enseignant chercheur à l’Université de Wageningen (Pays-Bas)
Traduction de l’anglais et édition : Isabelle Saint-Saëns, Philippe Rekacewicz

Pour contextualiser ce projet, nous commencerons par aborder les problèmes sociaux, écologiques et sanitaires posés par les toxicités cumulatives et les expositions aux produits chimiques. Puis nous en exposerons le champ d’application : ses objectifs clés, ses méthodologies et les lieux de la recherche.

Expositions cumulées à la toxicité

L’industrie chimique est certainement l’une des plus innovantes au monde. Plus de 100 millions de substances sont répertoriées dans le Chemical Abstract Service ; 350 000 ont été enregistrées pour la production et les usages domestiques, tandis qu’environ 4 000 nouveaux composés sont ajoutés chaque jour (Wang et al. 2020 ; Dulio et al. 2018).

Les environnementalistes et les régulateurs ont été dépassés par le rythme de ces changements ; le résultat, c’est que seule une fraction des « profils de dangerosité » de ces produits chimiques est connue. La Commission Lancet sur la pollution et la santé (Landrigan et al. 2018 : 462) rapporte que dans notre vie quotidienne, nous sommes régulièrement exposés à envrion 5 000 produits chimiques. Produits en masse et dispersés dans l’environnement, ils ont conduit à une « exposition humaine quasi universelle », alors que seule une moitié d’entre eux a été testée pour évaluer leur dangerosité et leur toxicité.

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Référencer et évaluer la dangerosité des produits chimiques : états des lieux en 2021
Source des données : Helene Wiesinger, Zhanyun Wang, and Stefanie Hellweg, « Deep Dive into Plastic Monomers, Additives, and Processing Aids », Environmental Science & Technology 2021 55 (13), 9339-9351
Graphic by Philippe Rekacewicz

Très récemment, l’évaluation de la dangerosité des produits est devenue obligatoire avant la mise sur le marché, mais seulement dans quelques pays riches, dont ceux de l’Union européenne, qui a mis en place en 2007 un programme d’enregistrement, d’évaluation, d’autorisation et de restriction des substances chimiques (REACH). L’UE a adopté le principe de précaution : pour qu’un produit chimique soit autorisé, les entreprises doivent en prouver l’innocuité (MacKendrick 2018). Mais, pour de nombreux produits toxiques en Europe et ailleurs, cette réglementation est arrivée trop tard. La santé humaine a déjà souffert de l’exposition à des produits chimiques dangereux utilisés sans aucun contrôle pendant des décennies, tels le plomb, l’amiante, le mercure, le DDT et les PFAS. La lutte contre la pollution est en outre insuffisante dans les pays du Sud, qui subissent de plus en plus le poids des processus de production polluants et des produits de consommation dangereux, avec les injustices environnementales qui en découlent à l’échelle mondiale (Holifield et al. 2018 ; Suk et al. 2016 ; Wang et al. 2020).

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Expositions cumulées dans la vie quotidienne
Gamar Markarian

De plus, l’évolution des paradigmes sur ce qui est considéré comme toxique compromet l’action réglementaire : alors qu’elle a longtemps reposé, pour la fixation de seuils d’exposition, sur des examens approfondis, des consultations d’experts et des procès pour délits de toxicité (Homburg et Vaupel 2019 ; Jasanoff 1995), les toxicologues avertissent aujourd’hui que même de faibles niveaux d’exposition aux produits chimiques peuvent causer des dommages, bouleversant ainsi la règle fondamentale selon laquelle « c’est la dose qui fait le poison ». Dans un récent numéro spécial de PLOS Biology, les scientifiques environnementalistes ont critiqué ces logiques réglementaires dépassées qui supposent que les effets toxiques apparaissent à des niveaux de seuil « sans tenir compte de l’exposition quotidienne des individus à de multiples produits chimiques, de leur naissance à leur mort » (Gross et Birnbaum 2017 : 2).

Les efforts déployés pour lutter contre la pollution chimique sont en outre compliqués par des conflits d’intérêts, ce qui fausse ce que nous savons de la toxicité potentielle des produits chimiques manufacturés (Proctor et Schiebinger 2008 ; Honkela et al. 2014 ; Gross et McGoey 2018). Murphy (2008) souligne que les « régimes d’invisibilité » éliminent les informations sur les effets toxiques des produits chimiques synthétiques, tout en surestimant l’incertitude épistémique. Ce sont des stratégies d’entreprises agnotologiques (production culturelle de l’ignorance et du doute) qui contribuent à une réglementation minimale des produits chimiques toxiques (Proctor et Schiebinger 2008 ; Boudia et Jas 2014).

Les activistes, les scientifiques et les décideurs politiques se rendent compte que les toxicités chimiques actuelles dépassent notre capacité à comprendre et à réglementer (Liboiron et Tironi 2018 ; Gross et Birnbaum 2017 ; Boullier 2019). Un sinistre consensus se dégage : le problème échappe à notre contrôle — principalement du fait des effets cumulatifs des polluants, qui obscurcissent l’établissement de relations de cause à effet entre l’exposition à des produits chimiques spécifiques et leurs effets sur la santé. La science ne peut pas fournir les preuves dont les régulateurs ont besoin pour résoudre le problème, comme en témoigne le titre évocateur de l’anthologie « Powerless Science ? : Science and Politics in a Toxic World » — Une science sans pouvoir ? Science et politique dans un monde toxique (Boudia et Jas 2014).

Le projet « Écologies incarnées »

Le projet Embodied Ecologies (Écologies incarnées) s’attache aux formes, banales mais persistantes, de l’exposition cumulative aux produits chimiques qui s’accumulent dans la vie de tous les jours et menacent la santé humaine et environnementale. Il est multi-sites (les terrains d’études sont aux Philippines, en France et aux Pays-Bas), et multi-scalaire (s’intéressant autant aux effets sur le corps humain que sur l’ensemble de la planète).

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Sites d’étude et approches disciplinaires du projet Embodied Ecologies
Gamar Markarian et Tait Mandler

Le projet Embodied Ecologies a quatre objectifs clés :
 

  1. Étudier par l’ethnographie multimodale comment les personnes vivant et travaillant dans les villes ressentent et reconnaissent les expositions chimiques dans leur vie quotidienne, et agissent sur elles.
     
  2. Visualiser, grâce à une cartographie multicouche, l’accumulation de produits chimiques toxiques dans les corps humains, et comment les forces politiques, économiques, sociales et réglementaires sont à l’origine de la grande inégalité des expositions.
     
  3. Co-créer de nouveaux outils et des stratégies de réduction des dommages, en profitant, entre autre, des tentatives récentes dont l’objectif est de réduire la toxicité des produits chimiques.
     
  4. Développer de nouvelles approches écologiques pour pour permettre aux gens de mieux comprendre et donc d’agir face à des expositions chimiques potentiellement toxiques, et inciter les pouvoirs politiques et économiques à engager des actions réglementaires pour limiter la toxicité.

Notre approche de l’exposition chimique cumulative réside dans ce que nous étudions :

  • (1) Comment les expositions sont perçues et ressenties par nos corps (semi-)perméables.
     
  • (2) Les innombrables façons dont les gens agissent pour réduire les effets nocifs des produits chimiques.

En étudiant les pratiques de réduction des dommages, par exemple éviter tout contact avec des produits chimiques, ou boire de l’eau en bouteille, nous appréhendons mieux comment les gens comprennent (ou ne comprennent pas) comment les produits chimiques pénètrent dans leur corps, puis sont renvoyés dans l’environnement. Notre approche est écologique, en ce qu’elle examine de manière holistique les multiples voies d’exposition aux produits chimiques dans les lieux de vie et de travail, qui sont à leur tour façonnés par des forces sociales, politiques et économiques, ainsi que par des structures et des priorités réglementaires (Lock 2018).

Marier l’ethnographie et la cartographie

Un nombre croissant de recherches toxicologiques et épidémiologiques cherchent à déterminer les effets sur la santé des cocktails chimiques. Pour cela, des modèles de plus en plus sophistiqués sont utilisés dans diverses approches de recherche, notamment des études de biosurveillance humaine et des recherches sur l’exposome (cumul des expositions à des facteurs environnementaux que subit un organisme, de sa conception à sa fin de vie). Ces études sont néanmoins limitées par le manque de connaissances de base sur la sécurité des produits chimiques rencontrés chaque jour ; elles n’accordent de plus que peu de place aux facteurs politiques, sociaux et économiques qui mettent les gens en danger tout en limitant leurs efforts de réduction des dommages.

Le projet Écologies incarnées comble ces lacunes en se focalisant sur l’exposition inégale aux produits chimiques dans la vie quotidienne, et sur les facteurs sociaux, politiques et économiques qui limitent et/ou facilitent les efforts des personnes pour se protéger. Pour ce faire, nous combinons des méthodologies ethnographiques et cartographiques dans des études collaboratives, pour ainsi rendre visibles et exploitables les réseaux complexes d’interactions entre les êtres humains et les produits chimiques.

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Analyse des toxicités chimiques et sociales des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des violences policières
Mathieu Vigour et Alexis Grussi

L’ethnographie offre des méthodes qui permettent de s’intéresser aux détails de la vie quotidienne et qui implique une recherche qualitative documentant ce que les gens font, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils disent, ce qu’ils savent et ce qui compte pour eux. La pratique ethnographique de la recherche et de l’écriture observe les personnes dans leurs différents contextes (du local au planétaire) ; nous pourrions aussi dire qu’elle explore les corps dans leurs écologies multi-scalaires.

Notre approche ethnographique multimodale étudie comment les personnes vivant et travaillant dans les villes perçoivent, connaissent et agissent sur les expositions chimiques dans leur vie quotidienne. Nous privilégions les méthodologies participatives permettant de co-créer, avec nos interlocuteurs, des représentations de la manière dont ils vivent les expositions chimiques cumulatives dans leur vie comme dans leur communauté.

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Détecter, connaître et agir sur les toxicités aux Pays-Bas
Martine Wijnstra

 Quelles sont les expositions chimiques qu’ils considèrent comme sûres, ou bien dangereuses, et pourquoi ?

 Quelles expériences sensorielles déclenchent des inquiétudes quant à la toxicité – par exempe les fragrances, le goût, l’irritation de la peau ou des yeux, les problèmes de santé comme l’asthme, la mort des plantes ?
 
 Comment les expériences passées et les connaissances scientifiques façonnent-elles les évaluations de la dangerosité et du risque ?
 
 Comment les expériences vécues avec les produits chimiques sont-elles partagées au sein des familles, entre amis ou avec les autorités locales et les professionnels de santé ?
 
 Quels sont les effets, sur la prise de conscience de la toxicité cumulée, de l’activisme populaire, de la publicité des entreprises, de la confiance ou la méfiance dans la science et le gouvernement, des informations ou de la désinformation dans les médias et les réseaux sociaux ?
 
 Les problèmes identifiés par les citoyens peuvent-ils être mis sur le même plan que ceux identifiés par les scientifiques ?

La cartographie : entre autres instruments, nous mettons en œuvre des pratiques cartographiques spécifiques qui permettent de visualiser - c’est-à-dire de dessiner - comment les habitants, les membres des communautés, perçoivent et vivent leurs différents milieux de vie, que ce soient les espaces domestiques (la maison et le quartier) ou professionnels (le lieu de travail, le bureau, l’atelier, l’usine).

Pour représenter plusieurs échelles d’analyse, les cartes imaginées et produites dans le cadre de cette initiative peuvent combiner des données qualitatives (expérientielles et sensorielles) et quantitatives (sur les variables socio-économiques, les professions, l’exposition aux produits chimiques selon les itinéraires différents empruntés) à partir de données disponibles en accès libre.

Ces méthodes de cartographie qualitative reposent essentiellement sur l’expérience et la perception qu’ont les gens de leur environnement quotidien. C’est pourquoi on parle de cartographie sensible ou émotionnelle, pratiques de la « cartographie expérimentale » dont l’objectif est de rendre visible ce qui n’apparaît que très rarement sur les cartes.

Dans une étape ultérieure, nous reviendrons sur le sujet pour mener des analyses scientifiques de mesure des niveaux de contamination, afin de les comparer au danger estimé par la perception humaine.

Ce processus participatif d’élaboration des cartes permet d’approfondir notre compréhension de la signification de l’exposition aux produits chimiques pour les personnes exerçant des professions à haut risque et vivant dans des communautés exposées. La comparaison des cartes au sein des villes fournit des informations sur l’inégalité des expositions, sur la manière dont les expositions sont vécues, comprises et traitées.

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Expériences sensorielles de la pollution sonore et atmosphérique à Grenoble
Afroditi Avgerou

Nos participants, interlocuteurs et collaborateurs comprennent :
 

  • des professions à haut risque, notamment les travailleurs des salons de manucure, les femmes et hommes de ménage, les travailleurs en usine et dans les ateliers de recyclage et de remise à neuf d’appareils électroniques, les chauffeurs de moto-taxi, les éboueurs et les travailleurs agricoles. Les sources d’exposition aux produits chimiques se trouvent dans les objets, les substances et les infrastructures avec lesquels les travailleurs interagissent.
     
  • des communautés exposées. En raison de leur lieu de résidence, d’inégalités cumulées ou de vulnérabilités corporelles, certaines communautés sont plus exposées que d’autres à l’accumulation de substances toxiques. Il s’agit notamment des personnes (souvent des migrants, et à Baguio (Philippines), des populations autochtones) qui vivent dans des quartiers exposés à la pollution industrielle, ainsi que des personnes en phase d’évolution, femmes enceintes et jeunes enfants.
     
  • des médecins de la toxicité : personnes qui se consacrent à la recherche, à la lutte, à l’atténuation ou à la réparation des dommages causés par les produits chimiques. Ce groupe comprend des scientifiques de l’environnement, des autorités locales, des militants de la santé environnementale, des artistes, des organisateurs communautaires, des producteurs d’aliments biologiques, des spécialistes de la santé alternative, des défenseurs de la durabilité, et des citoyens concernés qui s’informent et informent leurs pairs sur le potentiel toxique des produits chimiques et s’engagent activement dans des pratiques de réduction des dommages.

Focalisation sur les pratiques quotidiennes de réduction des dommages

En utilisant la cartographie comme medium pour montrer ce que les populations perçoivent des pollutions persistantes, comment elles les comprennent, nous avons le sentiment que cela permet aux citadins, aux personnes vivant dans des communautés polluées, aux travailleurs exerçant des professions à haut risque, aux urbanistes et activistes de mieux agir [d’être en meilleure capacité de] réduire sensiblement les risques dans leur vie quotidienne.

Les méthodes de réduction des dommages peuvent devenir des routines apprises dès l’enfance, ou développées expérimentalement (ou professionnellement) en réponse aux nouveaux défis environnementaux, comme par exemple le port du masque pour se protéger du « smog » pendant les trajets domicile-travail, ou le filtrage de l’eau en cas d’inondations lors des typhons (désormais plus fréquents en raison du changement climatique).

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Réduire les effets néfastes des expositions cumulées
Gamar Markarian

Manuel Tironi (2018) qualifie les actes quotidiens de soins domestiques apportés aux personnes, aux plantes et aux animaux dans des contextes de toxicité omniprésente de formes « d’activisme intime » - des actes qui, loin d’être spectaculaires, permettent néanmoins de vivre et sont significatifs sur le plan éthique et politique. Mais les gens ont une inégale capacité à se protéger des produits chimiques.

Ils peuvent être conscients des risques pour la santé des pesticides qui contaminent leur alimentation, mais ne pas avoir les moyens d’acheter des produits issus de l’agriculture biologique, disponibles ou dans leur communauté. Ils peuvent être conscients des effets de perturbation endocrinienne du BPA qui s’infiltre dans les bouteilles d’eau en plastique, des effets de distorsion du système immunitaire des PFAS et des dommages neurologiques causés par le plomb, mais n’avoir qu’un accès limité à de l’eau de robinet salubre.

Le projet Embodied Ecologies reconnaît cette inégalité mais refuse de se plier à ce qui est perçu comme une fatalité. Il cherche plutôt à identifier ce que Jane Bennett et ses collègues appellent « les graines d’un bon Anthropocène » - une approche originale de la gestion des crises écologiques qui nous invite à repenser l’avenir en s’appuyant sur « des expériences tirées d’une diversité de pratiques, de visions du monde, de valeurs et de régions qui pourraient accélérer l’adoption de voies vers un changement transformateur » (Bennett et al. 2016 : 441).

Bibliographie

References

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  • Boudia, Soraya, and Nathalie Jas. 2014. Powerless Science ? Science and Politics in a Toxic World. New York : Berghahn.
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  • Gross, Liza, and Linda S. Birnbaum. 2017. “Regulating Toxic Chemicals for Public and Environmental Health.” PLOS Biology 15 (12) : e2004814.
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