La fabrique d’un parcours cartographique
En juin 2024, le Salon Focus m’a invitée à présenter une double-exposition cartographique : La CartoMobile, collection issue d’ateliers itinérants aux frontières de l’Europe, et Le Shusha Ma(p) Flow, série de sérigraphies extraite d’une performance carto-freestyle, alors en résidence au MucemLab.
Toutes ces cartes ont été co-créées avec des personnes exilées, dont certaines sont venues installer leurs œuvres dans le Forum du Mucem. Là, des visiteureuses se sont prêtées au jeu de « l’atelier de correspondance cartographique », dispositif de médiation par lequel j’invite les publics à vivre l’expérience du processus cartographique, pour répondre aux premierères auteurices avec de nouvelles cartes.
Créateur de liens et d’expérience, le geste cartographique s’est poursuivi l’année suivante sous une autre forme.
Constatant l’engouement actuel et la forte demande sociale et académique pour les cartographies, y compris de la part de non-encore-cartographes, le comité de pilotage du Salon Focus a souhaité leur consacrer une place plus importante et m’a confié la tâche de penser cet espace, aux côtés d’autres écritures ethnographiques déjà représentées au cours de l’évènement (photographie, film, création sonore, BD/roman graphique, etc.).
Parler de la carte en tant qu’écriture alternative des sciences sociales ; et au sein de cet ensemble, parler des alternatives aux approches cartographiques conventionnelles…
Le projet d’une exposition collective n’a pas tardé à naître de cette idée. En hiver 2025, nous lancions un appel pour une « carte blanche à la cartographie sensible ». Partant de mes propres explorations autour des cartes sensibles, radicales, participatives, performées, j’organisai en parallèle une table-ronde avec deux consœurs pionnières dans ces domaines, Elise Olmedo et Florence Troin, pour que notre trio féminin ouvre au public du Salon la boîte noire de la fabrique cartographique, en complément de l’exposition.
L’appel rencontra un succès important, dont nous n’avions sans doute pas anticipé toutes les implications logistiques – vertige temporaire qui fut surmonté grâce au sérieux et à l’ingéniosité de l’équipe de la Fabrique des écritures ethnographiques, Sasha Malkova en tête.
L’exposition Alternatives cARTo, c’est au final une somme heuristique ; 22 projets d’où émergent des tendances, résonances qui disent sans doute quelque-chose de la cartographie aujourd’hui et de son rôle dans la société :
- des cartes sensibles pour poser un regard critique sur les dynamiques du vaste monde,
- des cartes tissées, brodées, augmentées d’objets,
- des cartes sonores et interactives, qui proposent une immersion au-delà du plan en deux dimensions,
- des cartes souvent participatives, qui s’intéressent aux transformations des territoires par ou pour les individus.
Il a ensuite fallu tirer tous ces fils pour recomposer la trame du voyage…
Le travail d’assemblage et de création scénographique, pensé pour l’évènement et avec l’espace Forum du Mucem, a demandé quelques adaptations pour créer un parcours d’exposition fluide, à travers 5 îlots.
Sans que nous le sachions à ce moment-là, le vernissage déambulatoire qui s’est déroulé le 5 juin 2025 a marqué le début d’une expérience qui se poursuit aujourd’hui avec le collectif Alternatives cARTo fondé à la suite de l’exposition, qui se réunit tous les mois.
Dans cette aventure à rebonds,
nous continuons à tisser la pelote infinie de nos rêves cartographiques,
ici,
et là.
— Morgane Dujmovic, Commissaire de l’exposition, 31 janvier 2026
22 œuvres cartographiques
pour revisiter sensiblement le monde
| Rwanda | Cartographie sensible de la mémoire rwandaise | Emmanuelle Kayiganwa, Élise Olmédo, Sébastien Caquard |
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| Mayotte | À Mayotte, la « carte qui dit quelque chose de soi-même » | Florence Troin, Philippe Rekacewicz, Emmanuelle Surmont |
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| France (Alpes) |
Carte des Mémoires Sensibles de la Vallée de la Romanche |
Laure Brayer, Ryma Hadbi, Rachel Thomas |
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